Billets / Grains de sel

Petit déjeuner chez Tiffany*

Lundi 23 juin 2025.

Ce petit opus, léger en main, mais quand même toujours assez long (120 pages), sinon longuet, avec sa petite police qui s’étire à n’en plus finir, je l’ai déniché récemment dans une boutique poitevine de livres d’occasion. J’aurais pu choisir un tout autre roman, si, ce jour-là, ma crise de vertiges, elle aussi, déjà un peu trop longuette, ne m’avait pas obligée à regarder les volumes en rayon à hauteur de regard. Impossible de lever ou baisser la tête vers des évasions littéraires espérées sans un horrible tournis. Mon choix a donc été fort simple, l’ordre alphabétique à environ un mètre cinquante du sol pour les huit livres achetés, le tout pour vingt euros. Je pensais en avoir pour mon argent, mais, il ne faut jamais anticiper, par orgueil, ses plaisirs quels qu’ils soient … Celui-ci est le premier de la nouvelle pile à lire. Et quel premier ! Je m’y ennuie ferme. Les auteurs(trices) américain(e)s me font pourtant rêver depuis mes années lycée dans une liste non exhaustive, Steinbeck, Hemingway, Roth, Lee, Faulkner, Ellis et bien-sûr mon iconoclaste et adoré contemporain Ellroy …

Du coup, Truman Capote, semblait indispensable à ma bibliothèque.

Bref.

L’écriture est évidemment impeccable, descriptive, datée aussi, dans une langue qui reste très accessible au lecteur.

C’est l’histoire d’un homme, le narrateur, Fred par emprunt, qui se souvient de sa jeunesse et d’une rencontre féminine qui l’a définitivement marqué. Alors apprenti écrivain, il rencontre une jeune femme, qui n’en était déjà plus au stade de l’apprentie cocotte et aimait beaucoup l’argent des hommes sinon eux-mêmes.

« Il en vint une multitude. Dans le temps du quart d’heure qui suivit, une troupe de messieurs seuls, dont plusieurs éléments en uniforme, avait envahi l’appartement … »

Holly, c’est elle, reçoit beaucoup, c’est un euphémisme ! Notre écrivaillon brosse le tableau de ce petit théâtre, il s‘y trouve aussi, avec au centre, la demoiselle dont les ambitions personnelles sont sans équivoque.

« je veux être encore moi-même quand je m’éveillerai un beau matin pour prendre mon petit déjeuner chez Tiffany … »

L’énigme du titre est résolue, ouf, c’était insoutenable. On apprend plus loin que Holly donne dans la prévision météorologique auprès de son pseudo oncle, ou plutôt parrain (!), emprisonné. Une autre activité très lucrative. Fred suit, au propre comme au figuré, l’excentrique Holly dans sa vie new-yorkaise mouvementée, c’est son premier fan.

« je me souviens d’avoir vécu beaucoup de journées ici et là avec Holly … »

Notre cocotte a quelques défauts majeurs dont celui de mentir comme une arracheuse de dents. Le papillon a d’abord été une vilaine chenille dans une vie antérieure bien cachée. N’est pas Marilyn qui veut …

« Mais prenez cette Lulamae (Holly n’est pas Holly …), c’était quelqu’un d’exceptionnel ! Elle savait parfaitement bien ce qu’elle faisait quand elle me promit d’être ma femme et la mère de mes enfants … »

Et comme les mirages ne sont que des mirages, les activités prévisionnelles de la Miss météo d’un genre très spécial prennent fin brusquement.

« ARRESTATION D’UNE PLAYGIRL IMPLIQUÉE DANS UNE AFFAIRE DE NARCOTIQUES … »

Après ce bref épisode policier, dans une charmante et dernière pirouette, la séductrice professionnelle disparaît. Envolée vers le Brésil où l’attend quelque riche énamouré.

« Fais quelque chose pour moi, mon chéri (Fred). Téléphone au Times ou à qui tu voudras pour m’obtenir la liste des cinquante types les plus riches du Brésil … »

On comprend aisément le souvenir impérissable laissé au narrateur.

J’arrive finalement à la cent-vingtième page dans un soupir de soulagement. Trois autres très courtes histoires suivent. Je lis la première puis abandonne. C’est au-dessus de mes capacités de résilience littéraire.

Pardon ! Pardon ! Truman …

Petit déjeuner chez Tiffany*, Truman CAPOTE, 1958.

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