Noir cafard
Mercredi 20 mai 2026.
Vert menthe, bleu océan, jaune citron ou melon, terracota bled, ocre kasbah, rouge tomate en randonnées, rose laurier, blanc faïence, noir « Kia » mais pas que ! Le voyage chérifien est aussi en couleur, couleur terre aride, couleur médina, couleur eau douce rare, couleur tagine, couleur uniforme. Le voyage. Passer du plat au relief et inversement ? Écouter une langue, étrangère à la compréhension ? Faire des rencontres ? Pratiquer un sport ? Buller sur le sable ? Odeurs, sons, couleurs forment la part essentielle de mon voyage idéal, donnant vie et unicité aux découvertes. J’affectionne particulièrement les teintes qui connectent mon regard de voyageuse aux émotions enjouées de mon enfant intérieur.
J’ai une passion profonde pour le gris pachyderme, espéré patiemment dans la savane. Joie pure quand soudain il transparaît à travers les branchages ou au détour d’une piste. Ah ! ce gris mouvant, impressionnant, traversant mon champ de vision impassiblement ou stoppant net agitant les oreilles dans la colère naissante. Frissons.
Et ce vert luxuriant des somptueuses forêts impénétrables du rift Albertin, des savanes arrosées, des tropiques végétaux extraordinaires. Pupilles humides. Le vert feuille mâchée qui cache aussi le primate ultime, peut-être le souvenir de voyage le plus fantastique. Peut-être. Je respire ce vert, je l’absorbe jusqu’au plus profond de mes circonvolutions cérébrales mémorielles. Cependant, le vert timide du jardinet urbain ne démérite pas. Je l’apprécie aussi.
Le Souss-Massa déroule sa terre aride, couleur sécheresse. Quelques palmeraies défient le climat pour notre bonheur. Vert palmier, bleu oued, rose laurier. Précieuses et fragiles bulles de vie dans l’air chaud et le vent.
A Tafraout, avec Corinne, ma comparse de périple, nous avons aussi broyé du noir ! Oui broyé du noir, enfin surtout elle. Et de quelle manière ! Ce noir répugnant, nous l’avons trouvé à l’hôtel, dans notre chambre, plus exactement sur le sol, à côté de mon lit. Nous rentrions justement de la magnifique palmeraie d’Ait Mansour. Nous avions décidé de changer d’hôtel car dans le précédent, pas d’eau au lavabo …
L’hôtel choisi possède encore un certain cachet bien que dans notre budget de quasi routardes. Bel escalier, Beaux vitraux et grandes chambres propres avec salle de bain fonctionnelle pourvue d’eau au lavabo. La trouvaille parfaite en quelque sorte.
La nuit tombe, nous nous affairons à la préparer, quand soudain, nous apercevons, ce noir beurk à côté de mon lit. Cris d’orfraies ! Le noir se déplace, possède deux antennes, des pattes et une carapace. Corinne, véritable baroudeuse à ses heures, enrichit mes connaissances scientifiques, m’apprend le nom de ce noir, BLATTE. Aaaah !!!!!!!!!! Elle garde son sang froid et d’un talon qui ne faillit pas, règle provisoirement notre « petit » problème. Le bruit me rappelle instantanément « Indiana Jones », vous savez, le bruit de « gâteaux secs », c’est le même. Nous nous lançons immédiatement dans une opération commando d’envergure dans la salle de bain et la chambre. Nous bouchons tous les orifices pourvoyeurs de noir avec tout ce qui nous tombe sous la main, verre, tapis de bain, corbeille à papier, traversin, … La blatte atterrit, par la même occasion, dans la corbeille. Je me précipite à mon lit, arrache les draps, toujours blancs. Je soulève l’oreiller, un brin hystérique. Comment allons-nous dormir ?
La blatte aimant la compagnie, nous découvrons bientôt deux, trois puis quatre spécimens tout aussi « croustillants ». J’admire ma camarade qui écrase fermement les bestioles à carapace dure tandis que je me métamorphose en petite fille peureuse, ridicule.
Nous voilà au lit. J’enfouis mes vêtements sous la couverture, remonte le drap par-dessus ma tête, j’ai déjà du mal à respirer. Nous pianotons fébrilement sur nos téléphones et devenons bientôt de véritables expertes en blattes, américaines, germaniques, orientales, brunes, noires, les nôtres de l’espèce orientale, bien charnues, bien noires. Corinne me relate alors un souvenir de baroude en Afrique, son compagnon dormant profondément tandis que des punaises tombaient régulièrement du plafond, sur le lit. Je crie intérieurement. Mais pourquoi ai-je donc fait la tête (ma spécialité) pour un lavabo sans eau ? Pourquoi ???
La nuit va être longue, très longue, d’ailleurs à 1h30 je suis toujours éveillée bien que je sois ordinairement une grosse dormeuse. Soudain, je pense à mon anti-moustique. Vite ! Le téléphone. Pianotage anxieux. Magie du Citriodiol, qui, semble-t-il, est aussi efficace pour toutes sortes de bestioles rampantes. J’asperge, j’asperge, j’asperge. Nos faisceaux de lampes balaient la chambre. RIEN.
Après tout ce noir cauchemardesque, le réveil est laborieux, mais, victoire ! le noir blatte a disparu. Ne restent plus que quatre cadavres écrabouillés dans la corbeille.
Et puis ensuite, يذهب !

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4 jours
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