Road trip en gestation
Jeudi 26 février 2026.
Corinne m’envoie des photos. Il neige à Montréal. Températures glaciales de saison. Ici, vingt degrés depuis hier après-midi ! Le printemps avant l’heure, de prime abord réjouissant bien que profondément perturbant …
Notre prochain voyage outre Méditerranée n’a pas encore totalement envahi mes réseaux neuronaux, il reste encore en arrière plan de mes journées, de mes activités, de mes lectures. La vedette de mon petit cinéma cérébral reste la Cooper, toujours immobilisée chez le garagiste comme dans une sorte de lente gestation, qui, je l’espère, ne va pas virer au cauchemar lynchien. Je conseille le très fameux (fumeux ?) « Eraserhead », pour bien comprendre comment une gestation peut aboutir à un horrifique et couinant résultat. Il est d’ailleurs assez amusant de recevoir un mail de phishing (classé mail indésirable par Signal Spam) pour une contravention de non règlement de place de stationnement.
Ma camarade patine sur une piste gelée après avoir dévalé une pente à luges tandis que je fais le point. Nous avons déjà réservé nos billets d’avion (BOD/ESU), nos billets de train, l’hôtel à l’atterrissage et celui de retour tardif à Bordeaux. Nous avons, l’une comme l’autre, beaucoup voyagé chacune de notre côté, hormis pour nos brèves escapades hexagonales ou européennes communes. Mais les lignes d’horizons plus lointains, jamais. J’ai souvent rabâché, « Mais pourquoi pas un voyage ensemble ? ». Réponse de ma comparse, « Nous sommes des voyageuses totalement différentes, toi, les lodges et les chauffeurs/guides, moi, la marche et le camping. » Ce n’est pas faux, cependant, voyager seule constituant, en soi, déjà une aventure sérieuse, je ne vais pas en plus dormir sur des « paillasses » ou marcher comme une forcenée sous les climats tropicaux ou équatoriaux.
Oh ! La voyageuse de l’hiver sur un traîneau à chiens, pendant que je passe ma journée en formation pour « accompagner le droit au séjour des personnes étrangères en situation de vulnérabilité ». Utile pour ma mission de bénévole à l’accès aux droits. Ensuite, nous nous étions décidées en tout début d’année, nous irons au Maroc. Ma vieille (durée et non âge …) camarade s’est lancée dans ce périlleux challenge du voyage à deux, avec moi. Destination proche pour un dépaysement total. Corinne est la cheffe d’expédition. Elle planifie l’itinéraire, conduira le véhicule. Je serai sa copilote et, en attendant, saupoudre, à tout bout de champ, le projet, de mes grains de sel. J’ai accepté de faire des concessions sur le niveau de confort des hébergements, l’aventure c’est l’aventure. Quant à ma camarade, son compromis majeur, c’est … moi.
La Canadienne tient le guidon de la motoneige avec la conviction de la championne tandis que je vaque à mes occupations printanières, sieste, semis, première tonte, désherbage sélectif, observation, clichés. Nous partons deux semaines. Temps plus que nécessaire pour le périple routier conçu sur carte. Nous aurons tout le loisir de prolonger les étapes si nous le souhaitons, ce plan de route me semble parfait.
La Poitevine en tenue de ski, bonnet vissé sur le front, lunettes de neige sur le nez, affronte vaillamment le rude climat québécois. J’admire son stoïcisme, je déteste le froid. Exception évidemment faite des précieux flocons de Noël évocateurs d’une enfance idéalisée. Nous avons finalement opté pour le circuit mêlant côtes et terres, dunes et palmeraies, mer et cascades, Médina et souk, villes fortifiées et piscines naturelles, … Du Maroc, je ne connais que quelques villes, arpentées en deux voyages, déjà anciens.
C’est bien un loup sur la vidéo envoyée par la fringante baroudeuse, j’entends les hurlements et il n’est pas question d’IA générative. Quelque part dans mon Poitou natal, en cours de peinture, je suis plantée devant ma toile, comme une idiote, j’ai oublié à la maison mon montage original. Je me contente donc de barbouiller les espaces verts des Tuileries et de donner son éclat blanc allégresse à la vasque, enfin, dans mon souvenir enthousiaste.
Le plus difficile, au cours de ce périple, sera sans doute d’accorder nos imaginaires intimes du voyage, plutôt contemplatif pour ma part, si j’en juge mes expériences touristiques passées, plutôt actif pour ma cheffe d’expédition, grande marcheuse devant l’Eternel. Il va falloir trouver l’équilibre du partage réussi, de la concession digeste, du renoncement consenti. Nous sommes sur la bonne voie car déjà tombées d’accord sur le supplément bagage en soute. Les voyageurs, encombrant la cabine d’avion avec valises et sacs impossibles à caser, m’horripilent par-dessus tout. Tant de situations m’horripilent, par-dessus tout …
J – 57 …

Commentaires
J’attends ton compte-rendu et toutes les photos avec impatience.
Je te confirme que le climat marocain me conviendra mieux que celui montréalais.