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« Ménopause »*

Vendredi 8 août 2025.

A Paris, nous y sommes allées pour admirer Notre-Dame nationale, ressuscitée de ses cendres tragiques. C’était notre but, notre Graal. Mais de Graal, il n’y eut point. L’ubuesque site officiel, qui vous berce d’un doux verbiage touristique pour mieux vous endormir, est digne du meilleur Kafka. Se connecter à minuit pour tenter un billet gratuit, 48 H avant la date prévue de visite, constater l’attente pour y accéder, puis se rendre à l’évidence, COMPLET en 10 minutes. C’est Corinne qui s’y colle car je dors comme une masse, exténuée par Paris, arpentée en long, en large, et de travers. Car Paris on l’arpente. Corinne, ma comparse de si longtemps est mon guide. Je tente de la suivre, elle est sportive, je suis « work in progress » du côté du rythme. Je trottine. Je pose souvent des questions stupides ou naïves (c’est selon), j’ai 10 ans. C’est quoi ce machin ? Le Panthéon. Plus tard, c’est quoi ce machin ? Le Panthéon ! Encore plus tard, c’est quoi ce machin ? Le Panthéon !! Vraiment plus tard, c’est le Panthéon, ce machin ? Le Panthéon, c’est ça !!!. J’ai déjà remarqué ce phénomène étrange de régression mentale. Amiral(e !) de vaisseau au boulot, fillette babillarde dans ma vie privée. Étrange, oui, et je pense la chose désormais incurable.

Donc, nous voilà sur le parvis hugolien pour tenter la file sans billet. Mais, cette file semble sans fin, comme une nuit polaire. Tel le serpent de mer, elle s’enroule autour des pâtés d’immeubles, et ondule au gré des virages. La police, sans pungi, tente de dompter l’animal sans langue. Du pur délire !

On se console avec un spectacle immersif racontant l’histoire de Notre-Dame, casque de réalité virtuelle sur le crâne. C’est génial ! Mais le spectacle de ma bouche, criant quand un ectoplasme, tout droit sorti du Moyen-Age, me traverse inopinément, celui de mon corps, tâtonnant vers ma complice, s’accroupissant pour franchir un chimérique trou de mur, hésitant sur un échafaudage à lames disjointes, est sans doute absolument ridicule. 10 ans, c’est bien cela !

Et puis, moi aussi, j’avais un Graal secret, un but, une quête. Elle m’est apparue le long de la Seine, direction Orsay, au bout du bras tendu de Corinne. De l’autre côté du fleuve, comme une apparition divine, une vision sublime, l’icône d’un souvenir impérissable et grandiose, la vasque. Submergée par une intense émotion, je retiens une larmichette. C’est l’extase, la régression infantile ultime !

Au musée, entre deux chefs d’œuvres impressionnistes, on monte sur la terrasse. Clic ! Clic ! En boîte le mythique ballon et sa roue de la fortune touristique, à sa droite. Paris est fantastique. Je n’avais pas vraiment pris la mesure de sa beauté intemporelle, de sa majesté, de son charme irrésistible mais aussi de ses tarifs stratosphériques.

On en veut plus ! Au diable le vertige, je suis ma camarade pour trois tours de grande roue. Clic ! Le Louvre. Clic ! La vasque. Clic ! L’honorable dame de fer.

Plus tard, dans notre périple parisien, on explore, en immersion, le génial Mozart dans le sublime décor des Bernardins. Requiem en apothéose, c’est grandiose.

On déambule entre les chevalets montmartrois, adieu les Poulbots, bonjour les Narcisse(s) ! On grimpe vers un Cœur, Sacré. On domine Paris. On est bien.

Nos pérégrinations nous donnent faim. On fait une fixette sur le poke bowl, mais finalement, comme on échoue lamentablement à en localiser sur le plan en ligne, pas si précis, on finit, sans regrets dans des thaïs, des italiens, des libanais.

Et, dans ce Paris estival, je découvre, ébahie, après tant d’années de jalouse envie pour les écrans des autres, que mon vieux coucou affiche aussi les symboles de bas d’écran. Tel un Champollion de pacotille, je jubile. Merci Corinne ! C’est elle, qui, sans doute un peu agacée par mes manipulations trop souvent maladroites, a résolu mon problème en en tour de doigt. Je regarde le triangle, le rond et le carré en quasi transverbération. Je me prosterne devant le Dieu Motorola.

Paris, c’est aussi la fête, les spectacles. On conclut notre escapade avec « Ménopause », une pièce absolument hilarante. Inutile d’en dire plus, les sous-titres sont dans le titre. C’est jouissif (comme quoi, la ménopause … ça peut rapporter gros …) ; on s’amuse comme des folles (les quelques hommes aussi), on s’esclaffe, on éclate de rire à chaque réplique, la salle est surchauffée, même si le sujet, qui nous concerne toutes, ne prête pas spécialement à rire, ou peut-être jaune.

Je rentre enfin dans mon « Heimat », avec, en tête, une géométrie parfaite (oh ! non, plusieurs !). La vasque, je me l’approprie, c’est MA vasque.

MA vasque !

« Ménopause »*, au théâtre « Le Grand Point Virgule »

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