Billets / Grains de sel

La tentation *

Mardi 20 mai 2025.

Prix Médicis 2019. Seul livre lu dans la bibliographie de l’auteur, donc difficile de me faire une idée générale sur le romancier et son œuvre.

Les turpitudes paternelles de François ne m’ont pas particulièrement passionnée. L’archétype du père, chirurgien renommé, propriétaire très aisé sinon riche, chasseur évidemment, amateur de grands crus et de musique sacrée (le décor social est planté), est la victime, comme tant de parents, du balancier généalogique. Le fils ne suivra pas la voie royale toute tracée par les aspirations non voilées du père mais l’ordre familial est, en quelque sorte, respecté car ce rejeton est devenu un riche financier, superbement accompagné d’une fiancée qui cadre parfaitement à ce milieu d’argent et de puissance dans lequel tout ce petit monde, très friqué, nage dans le sens du courant. Quant à la benjamine, si elle s’engage dans des études de médecine, elle péchera, ou pas, au yeux du père, par ses amours peu glorieuses sinon délinquantes, point de vue patriarcal, visiblement daté, aux yeux d’une progéniture, décidément incompréhensible.

La mère, pour sa part, semblant folle ou dévote compulsive ce qui peut être apparaître comme semblable de mon point de vue de lectrice.

Les pages du livre consacrées au duel déséquilibré chasseur / roi de la forêt sont assez captivantes, de la traque à l’indécision, de l’observation au renoncement, du sauvetage au nourrissage puis dans un stupide hallali de la mort à l’éviscération. Une taxidermie cynégétique s’imposera pour immortaliser le trophée magistral.

J’ai parcouru les dialogues père et fils sans grand engouement. On y parle d’argent, de placements financiers, entre autres, qui semblent prendre le pas sur la description de l’amour paternel contrarié. L’irruption inattendue de la fille au relais de chasse, dans un imbroglio sanglant sur fond de règlements de comptes mafieux, ne m’a pas convaincue non plus. Le chéri de Mademoiselle l‘héritière, poursuivi par des tueurs dans le décor immaculé et en apparence immuable de la montagne me semble peu crédible et j’en comprends mal les ressorts narratifs. Je n’ai, par ailleurs, aucune prétention à l’omniscience littéraire. Que Luc LANG me pardonne !

Le roman est construit en quatre parties qui forment comme une sorte de spirale itérative dans laquelle le récit et l’enchaînement des événements, de plus en plus dramatiques ou rocambolesques voire abracadabrantesques, au choix, et les sentiments du père, se répètent littéralement, évoluent ou diffèrent selon le point de vue du narrateur et, peut-être aussi, les circonvolutions cérébrales chagrinées d’un père raisonnant sur sa propre destinée. Déroutant.

La tentation, Luc LANG, 2019.

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