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Au théâtre ce soir*

Dimanche 11 mai 2025.

Au théâtre ce soir, ou plutôt hier soir. Ma complice de si longtemps m’entraîne à Châtellerault pour une soirée théâtre.

Ça commence, comme souvent, dans le coupé toujours imposant, rouge nabab, Corinne veut me faire découvrir la ville qui, selon elle, pâtit injustement d’une réputation peu amène. Je ne connais pas vraiment cette cité et n’en possède que de vieux souvenirs lorsque, tout juste enseignante, je courais de la gare à mon poste puis de mon poste à la gare. Je n’avais pas le permis et la plaisanterie avait duré environ un mois. Je n’ai d’ailleurs rien à faire dans cette ville puisque je reste une indécrottable Poitevine de cœur et d’occupations.

Ma pilote stationne la berline, en trois manœuvres typiquement féminines (les théoriciens du genre vont me maudire …), puis, à nous la ville. Nous longeons d’abord la Vienne pour traverser le pont Henri IV vers la « Manu ». il fait lourd, l’orage se prépare. Soudain, nous apercevons en contrebas un jeune pêcheur du samedi aux prises avec un monstre d’eau douce à barbillons et gueule entre tous reconnaissables. Son camarade, resté près de leur matériel, sur le pont, nous sollicite pour le surveiller et se précipite à la rescousse du marin d’eau douce. Corinne m’explique que nous n’aurions jamais été interpelées si nous n’avions été ni femmes ni gérontes. Je proteste vivement, nous sommes seules sur ce pont ! Nous patientons devant une ligne en place tandis que les garçons luttent avec la bête, dont le corps, la queue et la gueule, finissent par être hissés sur le quai. Beau spécimen de silure ! Mesures, clic, clic, puis remise à l’eau. Les gars reviennent rapidement et nous jettent à la face avoir soudain réalisé que si ça avait mordu de notre côté, la canne aurait sans doute été emportée, il est vrai qu’on ne pèse pas lourd, même par addition …

Direction La Manu, ancienne entreprise d’armement désormais musée. Nous grimpons les marches métalliques vers le sommet des deux hautes cheminées pour observer la ville et le site. Mon vertige s’ajoute à mes étourdissements orthostatiques du moment, c’est charmant. Clic, clic.

Puis, la porte du musée se ferme juste sous notre nez, 18 H … Ce n’est pas si grave car il est maintenant temps de se désaltérer d’une mousse blonde dans son verre à pied que nous adorons saisir avec soif. Dont acte.

Dîner rapide dans une brasserie dont nous tairons le nom et dont il n’est guère utile d’en savoir plus …

Enfin, Nous y sommes ! Assises confortablement devant le rideau rouge qui va s’ouvrir sur FEYDEAU et son Amélie. Nous gloussons, public de cotons-tiges me susurre mon incorrigible voisine, gloussements idiots car, après tout, nous en sommes, d’ailleurs surtout elle, ce soir, avec à ses pieds des baskets blanches neuves, me semble-t-il (Hou, en jetant un coup d’œil aux photos, je constate que mes chaussures sont également blanches) … Et comme il fait chaud, Corinne a échappé à son syndrome de la doudoune. Il faudra pourtant que je m’y colle enfin à cette très subjective analyse sociale des porteurs de doudounes matelassées, courtes, de préférence.

« Occupe-toi d’Amélie », donc. Nous avions envie de légèreté, Avec FEYDEAU, nous serons servies. Passons sur la classique intrigue du genre, le trio amoureux, celui que tout le monde pratique ou a envie de pratiquer ou regrette d’avoir pratiqué … Il est utile de préciser qu’il s’agit du trio du siècle dernier, aujourd’hui sans doute absolument ringard. Le public de ce soir a l’âge d’être connaisseur de la chose et son vocabulaire (adultère, cocu(e), amant(e), …).

Applaudissements. Baisser de rideau sur le premier acte. Aïe, je me suis assoupie, j’ai raté l’essentiel. N’importe quoi ! Je me remémore les vieilles (pléonasme ?) mémés de mon enfance pas si tendre qui, sur leur siège, s’assoupissaient pour un rien, le plus souvent en ronflant. Affligeant. Je me reprends.

Prince salace, Amélie la cocotte, amant cocu (si, si), autre amant (cocotte oblige) berné, soubrette insolente, parrain belge, lit défait, mariage, adultère, héritage, gesticulations, entrées ou sorties tonitruantes, les ingrédients du vaudeville, en somme.

On rit.

Au théâtre ce soir *, émission française diffusée de 1966 à 1986.

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