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Escapade maritime hivernale

A peine rentrée de Corse, en route pour la Charente-Maritime !

Corinne conduit. Le coupé rouge s’élance sur les routes du Poitou. « Waze » nous dirige, Corinne est une groupie de « Waze ». Nous sillonnons des villages poitevins en « ay », les barrages d’agriculteurs contrariant l’appli. Je me sens indulgente à l’aller, ignorante des dernières décisions gouvernementales …

Spa marin à Châtelaillon-Plage. Délices des jets puissants et autres bulles ou remous. L’eau est chaude, le bassin quasi vide. Sauna brûlant puis hammam humide. La vie est provisoirement belle ! Allongées sur les transats en peignoir immaculé, nous fautons. Clic ! Clic ! Les malencontreux clichés s’affichent sur l’écran de mon compact. Le provisoire prend subitement fin quand nous découvrons nos visages quand même ridés. Nous protestons devant tant d’injustice. Nous ne voulons absolument pas intégrer le cercle sémantique des « cotons-tiges ». « Qu’est-ce donc ? », questionné-je. Corinne est savante, « Cheveux blancs et baskets blanches ». Ah, oui … Nous avons notre code de conduite du mot désormais interdit, « vieux ». Un euro dans la cagnotte de copines à chaque dérapage verbal. Ca dégringole sec dans le nourrain.

Dîner du soir dans un restaurant côtier, également quasi vide. Vive le tourisme d’hiver ! A la caisse, Corinne pointe son doigt sur une relique de notre jeunesse, un minitel fièrement ou grotesquement exposé. Comme nous nous remémorons nos premières aventures technologiques, la caissière, jeune, nous observe, un sourire impertinemment affiché sur son visage lisse. Nous décidons derechef que ces souvenirs seront désormais ceux de nos parents.

Nuit calme qui n’efface pas les rides.

Route vers l’embarcadère. Le « Pierre Loti » vogue vers la vie insulaire aixoise et nous avec. Pause fortifiante au seul restaurant de l’île, ouvert à cette saison, avant le tour de la petite Aix, à pied. Pas de plats végétariens dans cette cambuse. J’ai a peine tenté un « Auriez-vous quelque chose pour moi ? » que le patron me propose d’aller ramasser de l’herbe dehors pour me faire une salade … Le cuistot rattrape le coup en me proposant une assiette de légumes. Le deuxième choc de culture se produit au passage à la caisse. On y apprend qu’une assiette de légumes coûte plus cher qu’une assiette de légumes accompagnée de poisson. C’est sans compter sur le « si ringard mais toujours en vente » sachet de thé L….n (véridique) au prix ahurissant de trois cafés. Nous fulminons dans l’air iodé.

Retour sur le continent après le tour pédestre complet de la charmante île.

L’habitacle du coupé rouge résonne des si stimulants hits des années 80. Les hits de notre jeunesse, enfin, non … celle de nos parents … Corinne, rassurée, retrouve « Waze ». Le retour vers Poitiers est contrarié par un barrage d’agriculteurs au sud de la ville. Le gouvernement ayant abandonné, en rase campagne et pendant notre escapade, ses engagements écologiques (en a-t-il seulement eus ?) au profit d’une agriculture dont le modèle est à bout de souffle, je suis partie indulgente, je reviens furieusement dégoûtée. La voiture passe devant les bottes de paille entassées en rempart. J’enrage. Je veux insulter les agriculteurs pollueurs mais Corinne refuse d’actionner la commande de la vitre avant droite.

Je propose d’ajouter, dans la foulée, « agriculteur » à notre liste de mots interdits.

Je me résigne. Je réfléchis. Insulter des agriculteurs depuis une Mercedes CLA, c’est moyen.

On se consolera devant une bière.

PS : prière de ne pas s’attarder sur l’écran de bord en haut à gauche, SVP …

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