Le sanctuaire
Samedi 19 avril 2025.
Connaissez-vous « Farreid glass sponges » ? Classe Hexactinellida, groupe des métazoaires, leur étrange et unique beauté ondulant dans les profondeurs des eaux océaniques.
Connaissez-vous ces sept îles et atolls ? « Baker, Howland, and Jarvis Island ; Johnston, Wake, and Palmyra Atoll, and Kingman Reef ». Territoires préservés d’abondance faunique et de biodiversité stupéfiante. « L’un des environnements marins tropicaux les plus intacts au monde ».
Vous êtes-vous déjà perdu(e)s dans d’étranges forêts ? Elles subjuguent, intriguent, effraient peut-être aussi lorsque que l’on foule leur sol spongieux, herbeux ou moussu. J’ai découvert une insolite et étrange forêt surgie de fonds sous-marins, dans les exclamations médusées et enjouées de chercheurs plongeurs à l’accent outre-Atlantique.
Avez-vous déjà entendu parler de « Palmyra Atoll » ? Micro-territoire cerclé d’eaux turquoises transparentes, il abrite la tortue verte qui semble flotter entre deux eaux, la Table de Corail, qui ressemble furieusement à la langue de bœuf forestière, accrochée à son récif ou à son fond marin et dont les couleurs quasi psychédéliques hypnotisent le plongeur voyeur, le récif de corail protégé, précieux, qui abrite une biodiversité folle, le crabe ermite violet dont les deux billes noires ornant les canaux orbitaux montent la garde visuelle.
Le chirurgien bagnard, cela vous dit quelque chose ? Manini en Tahitien, dans son costume rayé de forçat ultramarin, en banc serré, il colonise le récif de Kingman, dans un ballet costumé de jaune et de noir.
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« Pacific Islands Heritage Marine National Monument » est le sanctuaire de cette foisonnante biodiversité et de ces terres préservées de l’humanité avide.
J’avoue sincèrement que je n’ai, jusqu’alors, jamais été attirée par ces beautés marines, pas plus d’ailleurs que celles astrales. Je suis enfant de la terre du « Milieu », entre le ciel et les profondeurs marines, je suis une terrienne, profondément, définitivement, mon signe astral en atteste. Je me souviens d’un camarade de collège, féru d’aquariums d’eau douce, que j’accompagnais de mauvaise grâce dans ses recherches de nouveaux spécimens. Je nous revoie, dans le bus urbain, moi faisant la moue, lui exhibant fièrement son petit sachet rempli d’eau avec en son centre un Poecilia reticulata.
Pourtant, depuis le 17 avril 2025, je suis instantanément devenue une pasionaria des fonds marins, une amoureuse transie des requins et autres carnassiers marins à mâchoires puissantes et dents très acérées, une estomaquée du corail dont le fantastique système tentaculaire est l’auxiliaire de ses repas, la groupie des actinoptérygiens bariolés ou non, barbus ou non, ronds ou plats, longs ou courts …, l’amie sincère des chercheurs plongeurs palmés, l’éblouie du turquoise cristallin, l’ébahie de la raie manta nageant majestueusement comme elle planerait entre deux courants océaniques chauds, l’observatrice émue de la vue aérienne de l’Atoll Palmyra semblant, vu du ciel, posé sur une mer de bleu intense, …
Ce précieux et fourmillant carré géographique tropical est un sanctuaire marin. Ce sanctuaire est américain.
Le sanctuaire. Bafoué, violé, sacrifié, d’un trait de bile encrée par l’affreux Toto fédéral à la mèche tintinesque et au teint dorénavant agent orange.

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