Billets / Grains de sel

« Saga »*

Samedi 26 avril 2025.

« Dans la ville d’or et d’argent » tout juste empilé sur une étagère de bibliothèque, j’ai donc attaqué « Saga ». Attaqué comme on entamerait, le sac sur le dos et les chaussures de rando bien lacées, une montée raide, avec la ferme intention de se surpasser.

Me surpasser ? Grande lectrice, j’avais et je ne sais pourquoi, délaissé cette passion depuis plusieurs années. Manque de temps, d’énergie, d’envie, seuls les polars noirs américains me tenaient encore en haleine, dans la nuit des fins de semaine, sous les draps en dôme, le doigt glissant sur l’écran lumineux de ma liseuse.

Après la radiation des cadres et une année sabbatique, ni la septième ni religieuse, disons oiseuse, tarabustée par ma complice de toujours qui ne quitte jamais sa liseuse, j’ai, entre autres occupations, repris la lecture. Si écrire est un puissant remède au ramollissement cérébral et linguistique, lire est une source d’inspiration et de réflexion précieuse. Enfin … Je me demande tout de même si l’affreux Toto fédéral à la mèche tintinesque et au teint agent orange ne surpasse pas toute œuvre de création littéraire comme source de réflexion dubitative …

Bref passons.

Je copie donc mes contemporains et commande des livres d’occasion, par lots d’une dizaine, choisis éclectiquement, dans le mépris le plus total des droits d’auteurs et d’éditeurs (sic). A ma décharge, j’anticipe la furieuse envie du gouvernement de punir financièrement les retraités. Je fais des économies enrichissantes, du pur et égoïste bonheur !

« Saga », donc. Après le sirupeux romanesque, le drôle et la facilité. Je m’amuse. Cette Saga télévisuelle nocturne, ovni dont l’existence ne tient qu’au fil du quota de création française, au script complètement déjanté et ridicule, narrée par un des quatre scénaristes en manque de notoriété et désargenté, est une petite pépite d’humour. En cela, la lettre envoyée par « Le club des huit de l’étage B1, « pavillon des vieux » » est drôle. Même si en filigrane et soudain conscientisés, les mots « vieux » et « pavillon » ont jauni le sourire. On avale les pages dont la syntaxe est très fluide, le vocabulaire simple, disons-le de suite, dans « Saga », point de littérature complexe. La littérature contemporaine, facilite la vie du lecteur ou de la lectrice au point que, trop souvent, nous n’aurions jamais pu la ressasser, de la Seconde à la Terminale, dans nos si vieux et redoutés Lagarde et Michard. Les péripéties de la série s’écrivent sous nos yeux bibliophiles sinon bibliophages et on a presque envie de participer aux corrections du scénario qui frise le plus souvent l’absurde sinon la complète idiotie.

Mais voilà, peu à peu, cette ineptie télévisuelle sans budget ni acteurs confirmés se colle sur la rétine fatiguée (diffusion à quatre heures du matin) des noctambules de tout poil, laissant pantois ses créateurs sous payés. Le grotesque a du succès, l’indigent crée l’événement. Visionnaire, BENACQUISTA.

Les personnages s’affirment, le crétin, la désespérée, le flic, la surdouée, la mère des uns, le père des autres, l’oncle cinglé, etc … La chose, la lipose, grandiose ! Le Quart d’Heure de Sincérité, la trouvaille ! A essayer d’urgence dans la vraie vie, bien que un carnage généralisé sur la planète soit à craindre.

Entre deux scripts de fictions nocturnes, produits à coups de dents dans des pizzas froides et de langues dans des cafés forts, Marco et ses co-scénaristes vivent leur vie, tout aussi fictive.

Puis, dans le mystère de l’audimat, d’ectoplasme vaseux, Saga se mue en Peyton Place** de mon enfance, Dallas de mon ex belle-mère, Dexter de ma cadette, Plus Belle La Vie des ménagères de moins de 50 ans …

« Saga »*, de Tonino BENACQUISTA, 1997.

Peyton Place**, elle est passée où Allison ? Allison ? Elle est où ???

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