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De plein fouet

Jeudi 1er mai 2025.

Pourtant, cette première journée entre amies de quarante ans s’était merveilleusement déroulée. J’avais rejoint ma camarade de marche et de bien d’autres aventures pour un mini programme de randonnée, l’une dans nos chers bois interdits, l’autre dans la bucolique campagne châtelleraudaise. Nous avions fêté nos retrouvailles, comme nous les honorons si souvent d’ailleurs, d’un verre de bière blonde à la main droite et de gressins plongés dans un dip dans la gauche.

Nous avions ensuite, crapahuté dans le bois aux sentiers détrempés malgré la chaleur des derniers jours, tenté des sauts plus ou moins au sec par-dessus de larges flaques, emprunté les broussailles forestières, comme un commando en mission de reconnaissance, pour en éviter d’autres, épié des groupes de biches qui nous avaient reconnues et s’étaient enfuies sur-le-champ, croisé inopinément un cervidé au détour d’une allée, nous accroupissant pour lui faire allégeance et l’observer plus longtemps, cueilli des pointes de respounchous (tamier commun), enfin surtout Corine car je ne suis guère hardie en sauts de fossés remplis d’eau. J’avais même, sur le chemin du retour, ensoleillé et doux, cueilli quelques marguerites pour offrir à mon hôte. J’avais choisi un beau vase à section carrée comme écrin transparent aux soleils à pétales éclatants. Ma composition florale avait suscité du rire chez ma camarade, j’avais protesté.

La fin d’après-midi s’était étirée en doctes réflexions devant la haie tout juste plantée ou les bacs de jardinage qui n’attendent plus que leurs plantations potagères.

La soirée ne pouvait continuer qu’avec le breuvage doré, mousseux, pleinement mérité, glissant délicieusement en pente verticale dans nos gosiers assoiffés.

La nuit de printemps étrangement estival était tombée sur notre frugal dîner végétal et nos madeleines personnelles ressassées avec la délectation de la mémoire partagée.

Avant la tisane, prélude à la soirée canapé/télé, mon hôte s’était brusquement exclamée « Tu entends les grillons !? ». Nous aurions pu nous en tenir à cette exclamation enjouée mais nous étions sorties sur la terrasse pour profiter du strident concert nocturne et champêtre. Puis, comme deux enfants mais étrangement vieillies, nous nous étions extasiées sur les effets de lumière jaune d’une lampe solaire appliqués quasi féeriquement sur la table de jardin.

L’instant magique savouré, j’avais regagné ou plutôt voulu regagner l’intérieur, précédant en cela ma comparse, comparse reine de l’anticipation qui avait refermé la baie vitrée pour contrer un éventuel assaut d’insectes volants. Et, là, aussi soudainement que violemment, j’ai heurté, de plein fouet, la baie assassine.

BING ! CRAC ! BANG ! DOIING ! CRASH ! WHOUAH ! Bon, la liste des onomatopées de circonstances est à-peu-près complète …

Plan séquence suivant : moi, sonnée, montures de lunettes en mode sculpture avant-gardiste, avachie contre le bar, glace sur le front, mains sur la glace, granules d’Arnica Montana 9CH sous la langue, râles de presque agonie, jurons …

Plan séquence suivant : moi, avachie sur le canapé, hébétée, crème d’arnica sur le front, tisane à la main, regard torve sur l’écran …

Je suis soudain seule avec moi-même et mon pauvre crâne sensible. J’écoute ma cervelle et je pense à mes artères cérébrales. Je ne vais tout de même pas trépasser bêtement, là, tout de suite, avant d’avoir vu la fin du film (?!), il n’est pas mal ce EASTWOOD ; avant d’avoir attaqué la deuxième rando ; avant mon anniversaire ; avant … ; avant …

Pitoyables, ces élucubrations intérieures ! Ah ! La bravache de pacotille ! Absolument pitoyable.

En substance, ce matin, réveillée provisoirement bien vivante …

J’écris, je touche ma bosse douloureuse qui ne porte aucunement bonheur.

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« Saga »*

2025-04-26

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