De Charybde en Scylla, version géronte …
Mardi 15 avril 2025.
Ça, a commencé hier soir, au cours hebdomadaire de photographie. J’avais pourtant réalisé quelques clichés que j’appelle « clichés-exercices », pour lesquels j’essaie d’appliquer les conseils du Maître. Choisir le sujet, vérifier la lumière, le cadrage, etc … Pas le temps d’explorer d’autres univers que mon jardinet en pleine effervescence de printemps.
Clic, l’enroulé d’une feuille sur trois fleurs de seringat non écloses dans lequel une araignée, à huit pattes, tend sa toile d’équilibriste.
Clic, la macro coccinelle européenne à sept points, juchée sur sa bille d’argile et qui file vers de la verdure à feuilles rondes.
Clic, les trois promesses de fleurs de framboisier, délicatement ombragées d’une pâle feuille en proche devenir.
Clic. Clic. Clic.
Hop, sur la clé USB, en route vers leur destin artistique, les fameux « clichés-exercices » doctement soupesés, triés, commentés intérieurement, frappés du sceau du satisfecit imprudent de l’apprentie photographe.
Ça. La torture intellectuelle du lundi soir. Je m’étais pourtant et résolument autoproclamée en grève illimitée du cours, les semaines précédentes, pour protester, en silence, depuis mon coin de canapé, contre le traitement quasi inhumain infligé à mon travail. Pourtant, après deux cours boycottés (le boycott est un nouvel usage du mécontentement, très en vogue), dans l’indifférence totale de mon bourreau, j’ai, par politesse pour mon engagement annuel, cessé mon mouvement de grève, un temps seulement assumé illimité, pour reprendre mon chemin de croix, non plutôt de pixels …
– Tes sujets sont centrés. Pourquoi centres-tu tes sujets ? Rien d’intéressant autour. Exit les délicates promesses de floraisons printanières sur papier glaçant.
– Ton enroulé de feuille est sur le bord du cadre. Pourquoi colles-tu tes sujets au cadre ? L’araignée sous les fleurs ? Je ne l’avais même pas vue. N’apporte rien à l’image. Exit le tendre enroulé, la bête noire, à huit pattes, sur papier chiffon.
Le Maître empoigne un livre d’artiste, le feuillette à la recherche d’un modèle à exhiber devant mon incompétence.
-Tiens, regarde cette photographie.
– Mais, le sujet est centré, non ?
– Oui, le sujet est centré.
N’est pas artiste qui veut … Et je regagne ma place comme le ferait une élève réprimandée, en une main chagrine, mon insignifiante pseudo-réflexion artistique de la semaine.
Ça, a continué ce matin à l’atelier d’écriture. Après avoir découvert, pour ma part, des extraits poétiques de Albane GELLE in « Si je suis de ce monde », mes camarades et moi-même, nous sommes lancés dans une écriture à sa manière.
Laisser … tomber / Tenir … debout. Création littéraire, avanti !
Et là ! Le cours de photographie s’est instantanément rivé à mes neurones mémoriels endoloris comme un boomerang ou une baffe bien sentie.
Catharsis. Abréaction. Purgation. Libération.
Laisser ce vert de pousse tendre
Dans la feuille nichée lovée
A pattes noires articulées déclic
Dans l’enroulement du cliché
Fils tendus blancs focus macro
Instant de pose image fixée
Cadrage étroit sur son œil jugé tomber
Tenir l’estoc du verbe magistral
De l’inutile noir à huit pattes
Dans l’enroulement du regard
Zone proximale du cliché
Dans le matin de rosée fraîche
Déclic de vert réitéré main debout
Soulagement cognitif …

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3 semaines
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