« Choses vues 1847-1848 » *
Vendredi 10 avril 2026.
Je ferme le livre puis avale une banane et une infusion. Je ne sais pas trop par où commencer pour tenter de transmettre mon pur enthousiasme de lectrice.
Victor HUGO, d’abord. Le monument de la littérature française, mondiale. Je n’ai qu’à bien me tenir mais il ne s’agit aucunement, ici, d’égratigner le mythe. J’apprécie le formidable romancier, le poète, également. « Les Contemplations », qui n’a jamais appris « Demain, dès l’aube … » au cours de sa scolarité ? Pour ma part, j’ai un faible pour « Les Châtiments » et notamment le magnifique poème « L’Expiation ». Oh ! Cette classe d’âge scolaire qui m’a annuellement maudite pour un seul extrait !
« Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l’aigle baissait la tête.
…
Hier la grande armée, et maintenant troupeau.
… »
Notre grand homme est défenseur des petits mais grand bourgeois, pair de France, académicien, maire, député conservateur après la Révolution de 1848, période dont il est question dans l’opus.
Témoin bien vivant de son temps, très vivace même, dont la critique acerbe ou humoristique de ses contemporain(e)s est absolument savoureuse. J’ai adoré ce « journal », dont les descriptions, portraits, traits assassins, vers, carnet mondain, faits relatés nous invitent à lire l’« Époque » du dedans, au cœur. On côtoie avec lui, comme la petite souris, des écrivains, un roi, un futur empereur, des ministres, des députés, des mondain(e)s, des acteurs, … C’est parfaitement relaté, mais il s’agit de … Victor HUGO.
« Sans date. Le roi actuel a une grande quantité de petites qualités. Force sous et pas un louis d’or. »
« 26 janvier 1848. Le cardinal Mezzofanti sait et parle soixante langues, mais il n’y a que des mots dans sa tête, pas une idée. Le bonhomme est prodigieusement savant et parfaitement bête. C’est un dictionnaire polyglotte relié en rouge. »
Conversations, discours, dîners mondains, opéra, théâtre. L’auteur, connu et respecté de presque tout son monde, est de toutes les invitations qui comptent à Paris. Il converse, livre ses bons mots, analyse, suppute, conseille, versifie, dans un style souvent drôle, toujours excellent.
« 6 juillet 1847. Du reste, je crois, je ne sais pourquoi, que le souvenir de cette fête restera ; elle m’a laissé quelque chose d’inquiet dans l’esprit. Depuis quinze jours on en parlait, et le peuple de Paris s’en occupait beaucoup. Hier, depuis les Tuileries jusqu’à la barrière du Trône, une triple haie de spectateurs garnissait les quais, la rue et le faubourg Saint-Antoine, pour voir défiler les voitures des invités. A chaque instant, cette foule jetait à ces passants brodés et chamarrés dans leurs carrosses des paroles hargneuses et sombres. C’était comme un nuage de haine autour de cet éblouissement d’un moment … ».
Faits et événements. L’affaire Teste-Cubières, l’Algérie, la Révolution de février 1848, la répression de juin 1848, l’élection à la présidence de la Deuxième République. Le livre fourmille d’anecdotes, de faits et événements, devenus historiques, au détour de paragraphes ou de frises chronologiques des livres d’histoire contemporains. J’essaie de dresser un parallèle avec 2026. Comment le temps des historiens digérera-t-il la guerre en Iran, au Soudan, au Liban, en Ukraine, le fou américain furieusement sénile ? Comment ?
« 23 février 1848 … Je suis allé à la Chambre des députés. Au moment où mon cabriolet prenait la rue de Lille, une colonne épaisse et interminable d’hommes en vestes, en blouses et en casquettes, marchant bras dessus, bras dessous, trois par trois, débouchait de le rue Bellechasse et se dirigeait vers la Chambre … »
« 24 février 1848. Rue Bellechasse. Le régiment de dragons qui s’enfuit comme un essaim devant un homme aux bras nus agitant un coupe-chou. »
« Décembre 1848. La proclamation de Louis-Napoléon Bonaparte comme président de la République se fit le 20 décembre. »
Mais aussi, clin d’œil hugolien à son œuvre majeure, « Les Misérables ».
« 9 février 1848. Je me suis décidé à changer Thomas en Marius. »
Je pourrais continuer ainsi mais le livre n’avait, en réalité, nul besoin de mes babillages. Par contre, cette lecture m’a furieusement donné envie de débuter un journal de bord quotidien.
Chiche ?!
* « Choses vues 1847-1848 », Victor HUGO. Édition Folio, 1972.

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