Billets / Grains de sel

Théorie du corps amoureux*

Mercredi 4 juin 2025.

Ne pas s’attendre à de l’épique, du romanesque, du suspense, voire du romantique, avec ce petit objet de papier, juste utile, et c’est déjà beaucoup, à notre propre savoir philosophique, un tout petit caillou sur le très long chemin de la connaissance, en somme.

De ONFRAY, j’ai récemment lu « Traité d’athéologie » mais je ne m’en suis pas vantée. Je n’allais tout de même pas inspirer les fous d’un Dieu tout autant universel que vengeur et m’attirer les foudres d’une inquisition, doublée d’une fatwa, toutes deux vindicatives. Et bien, c’est du ONFRAY pur jus. On se prend les directs philosophiques et stylistiques en pleine face réflexive. Les trois religions monothéistes en prennent pour leur grade, non sans raison d’ailleurs, c’est son fonds de commerce philosophique.

« … La nature des relations entre les sexes aujourd’hui suppose historiquement le triomphe d’une conception et l’échec d’une autre : succès intégral du platonisme, christianisé et soutenu par l’omnipotence de l’Église catholique pendant près de vingt siècles, puis refoulement puissant de la tradition matérialiste … »

Mais pas que …

« … L’éducation sexuelle, assurée par des adultes rarement radieux sur ce sujet (on en prend pour notre grade …), injecte souvent la complexité, dramatise, culpabilise et surtout normalise les possibilités sexuelles … »

Dans cet opus, le philosophe très contemporain, décortique analyse et interprète, à la manière d’un libérateur par le verbe des corps soumis aux diktats religieux et au poids de longs siècles punitifs, les philosophes antiques, notamment précurseurs, très avant-gardistes, de l’esprit libertaire au sens propre du terme, appliqué ici au désir, au plaisir et à l’amour, ou plutôt devrais-je écrire aux amours. Pour faire simpliste, et c’est mal, quoique (si j’ai bien tout compris …), on fait de son corps et de ses désirs, ce qu’on veut, quand on veut, avec qui on veut, dans la réciprocité sinon l’égalité stricte du contrat bien compris.

« …, il faut que les deux contractants sachent à quoi ils s’engagent pour produire de la jubilation à deux et écarter toutes les occasions de peine. … »

En cela, il libère la femme, réduite à la mère ou à l’épouse, éventuellement à la maîtresse, depuis de trop nombreux siècles religieux et misogynes.

« … Les trois religions du Livre poursuivent les femmes et ne cessent d’enseigner leurs vices profonds : … »

Non pas que l’homme soit particulièrement libre en soi, cependant, il possède un sérieux avantage, il nous gouverne. Merci les trois religions monothéistes !

« … Qu’on n’imagine pas même à quoi ressemble un homme vertueux – sinon à un parangon d’oxymore promu au cas d’école en rhétorique … » (ah, ah, la formule est savoureuse …)

J’en profite pour réviser mes classiques de la philosophe gréco-romaine, certains, totalement inconnus au bataillon de ma mémoire philosophique scolaire.

« … Horace (celui-ci échappe à mon ignorance …) enseigne à aimer la vie, à lui trouver des vertus et des valeurs dans sa seule dimension d’apparition à la conscience subjective et vivante … »

Le mot chéri du philosophe. A toutes les pages et toutes les sauces grammaticales. Ontologie, ontologique, ontologiquement …

Me reste, en définitive, une question philosophique cruciale. Notre penseur applique-t-il, à soi-même, ses propres théories ?

Théorie du corps amoureux*, Michel ONFRAY, 2000.

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