Retour de flamme
Le silence après les clameurs, le calme après la folle agitation, La platitude après la beauté des corps athlétiques et des douleurs du dépassement, la nostalgie après la joie intense et saine, le manque après l’ardente communion nationale … Et cette musique, déjà mémorisée dans les sinueuses circonvolutions cérébrales des bonheurs simples mais essentiels !
Mais, hier soir, les premiers accords de cet air, cet entêtant petit refrain, ce thème, unique, comme une mascotte musicale, olympique, parisienne, française, a de nouveau résonné dans nos oreilles, soudain alertées. Les cordes ! Les cordes ! Les voix ! Les voix ! Oh, les voix de cœur ! Puis l’orchestre, pour une Parade olympique aussi pavlovienne qu’enthousiasmante.
Scotchée à l’écran de l’ordinateur, mon cœur s’emballe, mon sang pulse, couleur Chris, mes jambes gigotent, façon Disco, mes yeux mouillent en mode favori midinette, mon corps irradie de chaleur douce, ma bouche rit. C’est la transe olympique qui me saisit de nouveau !
Remontada ! La revoilà ! La parenthèse ! L’enchantée ! Paris2024 !
La cérémonie d’ouverture des jeux paralympiques est sublime de poésie réfléchie et inclusive mais l’émotion est omniprésente. La parade colorée et festive des délégations, les drapeaux nationaux érigés en étendard, les sourires des lèvres, des yeux, des visages nous obligent. Porter notre regard sur la différence ou le handicap nous grandit, nous rend meilleurs.
Notre école avait été la première et la seule de notre département a accueillir une classe d’inclusion scolaire pour élèves avec troubles des fonctions motrices. Cela avait été, pour l’ensemble de l’équipe éducative, un challenge logistique et pédagogique, énorme mais gratifiant. Nous avions même le culot d’organiser des classes transplantées avec nos élèves en fauteuil. L’école inclusive, pour de vrai.
Mon émotion de voir ces athlètes, ces artistes performeurs dotés d’un si grand talent, d’une si folle audace, d’une résilience absolue aux aléas de vies, a présidé à la cérémonie, sans toutefois en gâcher le narratif artistique..
Lumières, musiques, chants, cris, chorégraphies, Alpha Jet, monuments sublimés, hymnes, feux d’artifice, costumes, couleurs, projections, paroles d’athlètes, Phryges endiablées, pianos voyageurs, accolades, glissés, portés, … Quel spectacle !
Et pour finir, la formidable cerise, le Graal estival, la récompense ultime, le lumineux objet du désir, le fruit d’une passion, la pomme d’un jardin paradisiaque : la vasque !
Oui, la vasque. Centre provisoire du monde olympique, du monde tout court (?), de Paris, elle s’enflamme pour nous émerveiller, s’élève pour nous transcender, flotte pour nous guider, la vasque.
Dans le froid hivernal, les frissons du rhume, le gris du temps maussade, la déprime saisonnière, l’intense nostalgie de ce qui n’est plus, nous la revendiquerons en prescription. Oui ! En prescription médicale ! La vasque !

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5 jours
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