Le vice et la vertu
Ministère de la Propagation (Prévention ?) de la vertu et de la prévention (répression ?) du vice. Ca claque très fort. Vraiment très fort. On en reste baba, sans voix (sic). On a tout d’abord quelques difficultés à concevoir de quoi il retourne. Puis on comprend que c’est Dieu, non pardon, Allah, qui a inspiré tant de créativité lexicale aux législateurs zélés.
Propagation de la vertu. Je remarque, ébahie, le « P » Majuscule de Propagation. Oui, la vertu, cela se propage, comme un virus ! Ebola. Marburg. Mpox. Covid. Grippe. Et j’en passe. Je n’affirme absolument pas que la vertu rend malade. Non, absolument pas.
Prévention du vice. Je connaissais la prévention routière, la prévention des caries, des accidents, du suicide, des maladies, primaire, secondaire, tertiaire, et bien d’autres encore, … Mais la prévention du vice … J’ignorais même, qu’en ce début bien entamé du XXIème siècle, ce mot qui siffle à nos oreilles, tel un serpent venimeux, était toujours usité.
VICE. Vite, je fonce sur mon portail lexical préféré pour m’enquérir de VICE.
Effectivement, VICE, substantif masculin ( un début d’explication?) y est vraiment bien vieilli ou littéraire. Je suppute hardiment que ces législateurs fanatiques de l’article 13 (13, ça porte malheur, non ?) sont donc des férus de littérature … Vraiment ? D’ailleurs, il y est immanquablement opposé à vertu, substantif féminin ( Je tente féminin mais m’attends, désormais à chaque instant, à être la cible d’une toute prochaine fatwa …). Au secours Salman !
Bref, revenons à notre portail. Ouh ! là ! là ! Je me rends à l’évidence, un ministère tout entier est effectivement nécessaire pour endiguer le redoutable fléau. Rendez-vous compte ! Plaisir du vice. Abîmes du vice. Aimer le vice. Se vautrer dans le vice ! Avoir le vice dans la peau, dans le sang ! Vices inavouables ! Vices immondes !
Cette litanie de vices est abominable !
Mais qui, qui donc, dans cette contrée si pieuse, s’adonnerait à tant de vice, de débauche, de stupre, de tare, de turpitude, de corruption, de dépravation, la luxure, de licence, de péché mortel ?
Non, ce n’est pas la femme !
C’est la bouche de la femme qui s’ouvre pour dire un petit poème de rose, de jasmin, de jardin odorant.
C’est la bouche de la femme qui murmure une douce et triste mélopée à son enfant intimidé.
C’est la bouche de la femme qui susurre les mots de l’amour à son amant endormi.
C’est la bouche de la femme qui veut sourire à la rue animée, à la ville bruyante, à la contrée si pieuse.
C’était la bouche de la femme. Et dans cette bouche, sa voix.
Bouche voilée. Bouche fermée. Bouche cousue.

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5 jours
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