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Ode à Sébastien

Mardi 7 octobre 2025.

Je réalise qu’il est des 7 octobre dont on n’aurait viscéralement jamais souhaité qu’ils soient le commencement de quelque chose …

Mais ce matin, par le hasard du calendrier, horloge parfois si cruelle, l’atelier d’écriture débute pour un cycle de quinze séances.

Le mardi, de 10h15 à 12h15, je vais écrire. Cyniquement, rageusement, imprudemment, résolument, impatiemment, narquoisement, … Je pense d’ailleurs instantanément, au « Gorafi » qui dans un article farfelu a égratigné un auteur, affirmant que son livre, adverbes enlevés, ne contiendrait plus de 12 pages (sic). Le « Gorafi », cette « impartiale et irréprochable » feuille de chou virtuelle me détend et m’amuse entre deux informations moroses sinon tragiques de la presse raisonnable. Il préserve mes dents du bruxisme, fonction essentielle en ces temps tempétueux.

Oui ! Oui ! Oui ! Moi aussi j’aime les adverbes ! Outils magiques de la pensée en quête de précision. Je ne m’en prive donc aucunement (cqfd).

Bref. Je retrouve, ce matin, l’animatrice de l’atelier, la Belle Hélène, à la beauté naturelle, augmentée encore par ses qualités humaines. Le rouge vif peint sur ses lèvres nous invite déjà à la gourmandise littéraire et scripturale. Je ressens une joie intérieure intense et rare, proche de la jubilation. Peut-être comme la jubilation d’une petite fille qui voudrait courir, bras tendus, bouche rieuse, vers sa mère, mais de ces courses primales, mes tiroirs mémoriels sont vides. Je me retrouve en terrain connu, cinq camarades, rencontrés l’an passé, sont présents. Je me rappelle leurs mots qui reflétaient admirablement le tout petit pan de leur personnalité qu’ils ou elles ont bien voulu nous montrer. En cela, l’écriture est un fantastique miroir de l’âme.

La consigne d’écriture est un bref hommage à Ian MONK, poète Oulipien iconoclaste, très récemment disparu. Nous l’apprendrons en fin de séance. Âmes sensibles, passez votre chemin ! L’homme et poète est (la mort des artistes les rend éternels) rude, noyé dans son poison intime alcoolisé, d’une rudesse âpre que seul(e)s, les blessé(e)s de l’enfance peuvent totalement comprendre et sans doute apprécier.

Dix mots à intégrer dans un poème de forme libre, telle est la consigne du jour.

Bistrot – fissure – rampe – vers – musique – possibilités – quoi – regard – mer – nage.

Son image se colle immédiatement sur ma rétine. Je le vois, je l’entends, je l’attends au tournant poétique. Je prononce intérieurement ( je me demande, avec une appréhension toute modérée, combien de mots vont rester après la coupe …) son prénom. Le prénom de mon enfance télévisuelle, de l’enfance des baby-boomers. L’enfant et sa Belle, en noir et blanc sur le petit écran familial. « Belle et Sébastien ».

Ce matin, il s’agit d’un tout autre personnage, ultra contemporain, lui aussi connu de tous. Ah ! La célébrité, même éphémère …

J’écris vite, je gomme, j’écris, je gomme, je cherche des synonymes. C’est une ode, rapide, concise, que je crois. J’observe les autres, j’ai toujours aimé regarder les visages réfléchir, se pencher sur la page de joie ou de douleur. Je suis au paradis des écrivaillons.

Ode à Sébastien

La petite musique de bistrot qu’il devrait envisager en possibilités

Il nous la servit dans une nage bien salée de fumeux verbes en vers

Quoi ? La rampe il ne la tenait plus, tel le pantin dans une mer d’instabilité

Regard fixe, bouche ouverte, tête menue, perdue dans le métavers

La fissure définitive je vois, la faille sublime j’observe, horizon de versatilité

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