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Sonnet pour passion morte

Mardi 10 mars 2026.

Ce matin, par la magie mécanique et après quatre mois d’absence, me voici de retour à l’atelier d’écriture. Comme après une violente fièvre, je retrouve mes camarades de gribouille avec une certaine surprise. Ce sont les mêmes, et pourtant, ils semblent avoir changé. Un trait de visage, le blanc d’un cheveu, le son d’une voix, un mouvement de tête. Étrangeté de l’absence forcée.

Je me rappelle mes levers laborieux après avoir été terrassée par deux épisodes « covidiens » et la fièvre à quarante degrés. Comme dans une épaisse brume, les pompiers et une amie à mon chevet … Le pied chancelant sur la moquette de la chambre puis sur le carrelage glacé de la cuisine. La maison n’avait pas bougé d’un iota, pourtant, comme sortie d’un long coma mangeur de mémoire, tout me semblait différent, la taille des pièces, la couleur des murs, la bibliothèque, … Étrangeté de la maladie débilitante.

Donc, j’y suis sur ce parking de tiers-lieu. La belle Hélène a du retard. Nous nous interrogeons. Je pense à ma poisse. Enfin, le logo géométrique apparaît à l’entrée et glisse vers une place libre. La maîtresse de séance est bien là.

Nous préparons la salle. Je m’installe. I’m not in the mood. Corps assis, âme flottante. La malicieuse nous parle petit-déjeuner et plus particulièrement muesli (deux syllabes, trois syllabes, c’est comme nous voulons). Mais encore ? Elle nous distribue les photocopies de l’emballage déplié et totalement recyclable d’un muesli au nom quasi évocateur d’exploits tennistiques lointains. Nous allons plancher sur un « sonnet d’amour pour la nourriture » en utilisant le maximum de vocabulaire inscrit sur l’emballage. Quel programme !

Rappel des règles du sonnet : 2 quatrains, 2 tercets – forme ABBA – ABBA – CCD – EDE.

L’amour. Un concept qui m’a toujours semblé étrange sinon étranger, ou, du moins dans ses manifestations. Bref, passons.

Comme à mon habitude, je n’y vais pas par quatre chemins. Je compte sur mes doigts, 6, 6, 6, 6, 6 … Je parcours le document et les mots viennent à moi comme de petits drones inoffensifs. Inoffensifs, pas si sûr …

Sonnet pour passion morte*

Sur ma peau en question, le flocon atterrit

Sur mon sein tout marri, le flocon le veux doux

En mon climat si chaud, Las ! Sous la main si mou

Croustillance sous la dent, désormais c’est banni

Riche de toi je l’étais, comme un sucre suis ta mie

Par le son de ta voix, comme une trace me dissous

Sous le poids de ton corps, me contiens ci-dessous

Sans amant aujourd’hui, refermées les envies

A ma rage ajoutée, c’est complet, ah ! Ces rides

L’emballage est ranci, la jouvence lait putride

Ma planète tas de peau, champ de ruines incommode

Pour une figue je me prends, en ce corps desséché

Point de graines point de vie, mon tourment est une mode

Sans valeur je frémis, et j’écris, oui, séchée

* version revue et corrigée.

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