Prose à l’agenda.
Mardi 17 mars 2026.
Ce matin, prose au menu de l’atelier d’écriture.
Je respire. Non pas que je n’aime pas versifier mais la rigueur du comptage mathématique est parfois pesante. La prose est libératrice, on fait ce qu’on veut, sans contrainte de forme.
Nous avions une consigne mystère, partagée hier sur notre groupe, apporter une loupe. De loupe, je n’ai point. Aïe ! Ça commençait bien.
Ce matin, le vrai soleil printanier était de la partie et j’ai roulé vers mon Graal stylistique, le cœur léger, au volant de ma très chère mais aussi, coûteuse, Mini …
Notre pétillante cheffe d’orchestre de ce bientôt boeuf littéraire distribue une photocopie de page d’agenda déjà utilisée, semaine du 5 au 11 janvier 2026. Il y a donc du vécu dans ce document. Consigne. En décryptant la double page à la loupe manuelle ou téléphonique, la copie n’est pas à dimension lisible sans verre grossissant, rédiger un portrait du propriétaire, de la propriétaire, de l’objet, à l’aide des annotations. Ce portrait pourra constituer un début de roman, roman noir, pourquoi pas.
Je me lance. J’essaie de déchiffrer cette semaine à l’écriture brouillonne à l’aide de mon téléphone. Super ! Cela fonctionne. Je balaie du cerveau les jours de l’inconnu(e). Mouais. La musique instrumentale y prend beaucoup d’espace.
Quand je me penche sur la page blanche, y compris pour mes billets, soit l’inspiration vient immédiatement à moi par la magie d’un mot, d’une situation intrigante, d’une pensée soudaine, soit il n’y a aucun déclic et je sèche misérablement.
Ce matin, déclic.
Le doigt fin et long de virtuose raté, posé sur dimanche, comme en point d’orgue d’une semaine foireuse, pointait sur la fiction américaine qui lui semblait être une masturbation cérébrale de premier ordre.
Après ses déconfitures musicales des jours précédents, il ne serait jamais le Mozart de sa tendre mère, attachée à lui pourrir l’enfance en d’interminables cours d’instruments à cordes, il n’avait même plus la force de sortir pour se traîner au cinéma.
Son arthrose des articulations du majeur l’avait contraint à une séance de kiné chez M… ce lundi de rentrée d’un début de semaine pluvieux, laborieux, qui annonçait la déroute artistique. Artistique. Comme une injure à tous les Bach de la planète … Les sifflets du 7 ne l’avaient toujours pas convaincu d’aller plutôt cultiver ses carottes et son jardin voltairien. Tiens, une rime en -ien comme chien, vaurien, rien … Il aurait aimé occire sa mère de ses propres mains inutiles, mais le cœur maternel défaillant ne lui en avait pas laissé le loisir.
Donc, le doigt sur dimanche, il faisait son bilan de santé mentale, tout en lorgnant méchamment sur son instrument, négligemment posé sur le meuble du salon. L’instrument, ce bel objet aux courbes féminines le narguait comme toutes ces femmes, ces chiennes, l’avaient nargué au cours de sa vie. Le cello, envie furieuse mais définitivement trop pleutre, de le fracasser contre le mur du salon, nu et hostile.
Décidément, ce dimanche n’était pas son jour, les autres non plus, d’ailleurs. Il repensait amèrement à Lencloître, ce trou paumé poitevin, que seuls les ploucs du cru peuvent connaître. Une nuée de mômes braillards l’avait assailli dans des piaillements insupportables. Au moins, eux, ne le jugeaient pas. Quelle chienlit ce concert ! Acoustique minable pour musicien minable, c’était son lot, sa croix. Sans fric, compliqué de faire le plein de carburant. Adieu les perspectives de salles bordelaises ou nantaises. Scotché à Lencloître. Salaud de Ricain !
Il avait beau repasser minutieusement son doigt douloureux, piqûre vive de rappel de sa vie médiocre, sur les heures et les jours de la double page de son agenda, façon scolaire, rien, NADA, pas un signe de vie d’elle.
ELLE. L’intermittence en majesté. Salope !

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