« Mortelle randonnée »*
Lundi 15 septembre .
« Si j’aurais su, j’aurais pas venu » couinait Petit Gibus en d’autres temps … Moi aussi, j’ai beaucoup couiné, en mon for intérieur.
Après le réveil matinal du 6 septembre, qui n’en était pas un puisque de nuit il n’y eut point, la journée s’annonçait difficile pour cette première randonnée bretonne vers la pointe du Grouin, au départ de Cancale. Corinne m’annonce environ neuf km quand on finit à quinze, remparts de Saint-Malo compris. Sillonner en pointillés le sentier des douaniers (GR34) était l’objectif initial du séjour en terres celtes. Je n’avais pas anticipé que ces pointillés pouvaient se muer en lignes plus ou moins longues, sinueuses, avec dénivelés caillouteux, calmant instantanément mes ardeurs sportives. Corinne m’a rassurée, la planitude nous attendait. J’allais être servie, car, à peine stationnées à Port Briac, point de départ des fameux pointillés, il m’a fallu escalader une bonne cinquantaine de marches en guise de hors-d’oeuvre (j’exagère peut-être).
Je débutais dans un effort extrême pour mon endurance et mes petites jambes de mouche.
Et bien ça alors ! Un samedi de septembre, le sentier ressemble à s’y méprendre aux rues de Paris un mois d’août, un monde fou ! Croisements incessants de chaussures à lacets et pour mon matricule s’y ajoutent les multiples arrêts sur les côtés pour laisser passer les sportifs et sportives, les vrai(e)s. Je profite de ces multiples pauses pour tenter de reprendre me esprits, chagrins.
Je pose donc le pied sur la première marche, Corinne est déjà bien plus haut dans l’escalier fatal. J’admire son endurance. De nuit, elle n’a pas eu non plus, mais elle marche, elle marche, sans jamais montrer le moindre signe de fatigue. C’est mon idole. Je suis sa groupie encombrante, je hache ses marches, j’en ai conscience. Un randonneur aguerri me double. Je vois à sa tenue que c’est du sérieux. Son short, à peine couvrant, sans être désagréable à regarder malgré le léger chuintement de l’air dans mes bronches prématurément fatiguées, flotte autour de ses jambes musclées, en une brève consolation visuelle.
La randonnée se poursuit en des montées et des descentes, des descentes et des montées. Je me traîne lamentablement, plus lamentablement que d’habitude. Ma complice me tance. « Arrête ton jeune intermittent quand on marche, c’est ridicule ! » Il est vrai que je me sens vide de toute énergie, stupide aussi. « Promis, demain, je prends un petit-déjeuner. »
Nous finissons, malgré tout, par toucher au but de l’aller, car ce n’est que l’aller, la Pointe, le sémaphore. Le point de vue est superbe, les paysages côtiers sont sublimes, cette Bretagne est magnifique.
Clic ! Clic ! Photo souvenir de deux marcheuses, l’une souriant, l’autre pas.
Il faut revenir au point de départ … Corinne a pitié de moi, nous prendrons un trajet plus court par l’intérieur des terres. C’est quand même long … Je piétine à contrecoeur. Pause pique-nique dans une petite crique ombragée (il fait beau !). Seules au monde, ou presque, puisque trois intruses ne trouvent rien de mieux à faire que de venir se coller à notre petit territoire provisoire. Nous nous regardons, nul besoin de nous parler, nous entendons parfaitement nos gros mots intérieurs … Après le repas, je retrouve l’énergie nécessaire pour finir la rando, le siège de la voiture sera mon ultime délivrance, c’est ce que je crois.
Saint-Malo et tes remparts, à nous trois ! Du parking à la citadelle, encore trois km de marche ! La journée s’étire, je pense défaillir à chaque pas. Clic ! Le cliché, appuyée sur un muret face à la mer. Mais, quelle horreur ! C’est moi ce profil usé, ridé ? C’est définitif, j’arrête le jeune ! Puisque je vais boire la coupe jusqu’à la lie, nous gagnons les remparts par un … escalier. A ce point de la journée, je me mue en ectoplasme à chaussures à lacets. Je me traîne derrière Corinne dont l’allure ne faiblit pas. Ma conversation se réduit à divers borborygmes. La statue de Surcouf me laisse de marbre, ou plutôt de guimauve.
Mon calvaire piéton s’achève finalement en beauté, un splendide trois-mâts glissant, en majesté, devant nous, par le pont tournant du port. Instant magique.
Cette journée a un épilogue inattendu. Nous découvrons l’armoire électrique du studio avec sur la porte la mention, VMC, ON / OFF …
* Breizh, Kouign-amann et compagnie …

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5 jours
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