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Kenavo Breizh !*

Mercredi 17 septembre 2025.

Après un samedi 6 septembre exténuant, je décide d’interrompre provisoirement le jeune intermittent. Je suis remise de la randonnée de l’extrême et même toute disposée à repartir pour des distances plus raisonnables.

Nous quittons Saint-Malo, direction Dinard la bretonne. Le sentier des douaniers nous attend pour quelques pointillés assez plats. La promenade est plantée de méditerranéennes, c’est reposant et sympathique à regarder. On longe la côte, je me colle à la falaise quand le parcours est trop étroit, le vertige ne me quitte jamais. Pour les passages délicats, Corine me tend les mains par-dessus ses épaules et j’avance en fixant l’horizon de son crâne.

Plus tard, la randonnée vers le Cap Fréhel au départ du Fort La Latte, bien que malencontreusement rallongée par une erreur de lecture d’un panneau touristique, est fabuleuse. Je suis les conseils de ma camarade ; dans les escaliers, ne pas essayer de ressembler à la vieille sorcière tendant la pomme rouge mais redresser le dos et faire de petits pas. Je prends note et complète ma nouvelle panoplie de randonneuse par des pas, jambes tendues après flexions dans les montées. Je progresse ! La lande de bruyère, encore partiellement fleurie, offre son tapis violet à la mer. Le paysage côtier est superbe, le Fort, dressé en étendard, domine la vague sur son piton rocheux. Pourtant, Corinne ira planter seule son drapeau à l’extrémité du Cap car des « corps mobiles » se mettent soudain à flotter devant mes yeux, éblouis par la luminosité du ciel. Mon amie de très longtemps est vraiment très patiente …

Encore plus tard, nous décidons de flemmarder à la plage. Clic ! Les pieds dans le sable sont immortalisés. J’ai oublié depuis longtemps mes derniers pieds dans un sable atlantique… Nous régressons instantanément même si nous n’osons pas le château de sable. Nous égrenons nos souvenirs de plages. Pourquoi ne parlons-nous donc jamais d’avenir ? Je me lance soudain, jambes de pantalons retroussées, marche hésitante sur les gros grains de sable non encore totalement polis. La marée est basse, l’eau qui transforme les mamies en petites filles est loin. Corinne, ma complice, conductrice et planificatrice en chef, n’est plus qu’un point, orange boxer, sur le sable. Je pose le pied dans l’eau salée qui me lave de tous mes chagrins d’enfant. J’ai dix ans, j’aperçois mon frère qui se laisse porter par une vague. Est-ce la nostalgie aiguë de l’enfance, parfois heureuse, cette incurable mémoire ? Est-ce moi qui souffre soudain du syndrome mental de Benjamin Button ? Le froid de la Manche me saisit et me ramène illico au principe de réalité. Je me retourne, de lourds nuages noirs stationnent au-dessus de nos têtes. Je rejoins ma camarade en courant, enfin je ne sais pas exactement si le verbe courir est bien approprié dans ce cas précis.

Nos hébergements, fruits des recherches assidues de ma comparse, validés par sa majesté des jambes de mouche en personne, sont tous extras. Notre pari de réservation de dernière minute est payant. Nous passons du studio au mobil home, du mobil home à l’appartement et de l’appartement à la chambre d’hôte avec des « oh » et des « ah » de satisfaction. Gérontes mais malines, les vacancières.

On boit aussi de la bière, blonde légère ou d’abbaye mais raisonnablement. Nous sommes abonnées aux 25 cl. Ce rituel de vacances est absolument nécessaire à la plénitude de nos journées. Nos balades ou randos d’après-midi se terminent invariablement par un verre à pied mousseux en terrasse.

Nous faisons également des expériences sociologiques ou anthropologiques, c’est selon …

Une première fois, c’est un petit matin pluvieux qui nous pousse, au port de pêche d’une bourgade armoricaine, tout droit dans un bar de marins. Les yeux des attablés, exclusivement masculins, se tournent vers nous. Mais que fichent ici ces deux égarées ? Bravaches, nous choisissons les tabourets de bar. Je commande un thé vert mais le breuvage semble inconnu en ces terres de crustacés. Un pêcheur vient nous saluer et nous souhaiter la bienvenue, preuve s’il en est, que nous avons encore quelques beaux restes … A bon entendeur, salut ! Tous les nouveaux venus lorgnent nos tabourets. On les leur a piqués.

Une deuxième fois, c’est dans un café de village. Je m’aperçois que les lieux de beuverie de tout style cachent des trésors d’humanité. Corinne pense que le petit-déjeuner y sera moins cher qu’à la chambre d’hôte. Erreur ! 50 Centimes de plus pour du pain qui ne devrait pas porter ce nom. Qu’importe, la leçon socio-culturelle est édifiante. Une femme, un homme, leur fils, sont attablés à côté de nous. Ils grattent, ils grattent, ils grattent. Pendant ce court temps de petit-déjeuner, ils grattent, ils grattent, ils grattent. Pendant la pause technique de Corinne, la femme se précipite au comptoir et demande sept nouveaux jeux à gratter. Une somme folle est engloutie. Cette addiction nous effare. nous émettons des hypothèses socio-économiques pour expliquer cette rencontre, déstabilisant notre « bien-pensance de pseudo-bobos ». Nous quittons le café, avec un urgent besoin d’air frais. Je tente le concept contesté d’un certain géographe, théorisant cette « France Périphérique ». Je tente …

Enfin, le matin du départ, nous allons, une dernière fois, voir la mer. Elle est haute, puissante et bleue. Son bleu guérit les blessures intérieures. On voudrait rester encore un peu pour écouter, le roulis de l’eau sur les galets, la vague se briser sur le sable, le cri des mouettes, mais le voyage touche à sa fin avec le retour vers le « Heimat ».

*Breizh, Kouign-amann, et compagnie …

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