Le mépris
Vendredi 4 octobre 2024.
Hélas ! Point de MORAVIA ni de BARDOT ou de PICCOLI dans ce mépris-là …
Point de malentendus conjugaux ni de tourments amoureux. Point de femme, instinctive et rebelle. Belle, farouche dans sa détermination butée, dans sa destinée amoureuse tragique. Ni roman ni film.
Le mépris.
Certes, mélanger deux dates peut arriver à n’importe qui d’entre nous. Mais, elle, n’est pas n’importe qui. Confondre le 7 octobre avec les 13 et 16 octobre est hallucinant et d’une ignorance difficilement excusable. Méconnaître, dans un média national, les dates d’assassinats odieux de deux enseignants me provoque une violente nausée intellectuelle. Non, sa complexe tâche ne consiste pas à prodiguer de ridicules ou futiles conseils en gestion de « petit personnel », si loin de nos préoccupations, mais à diriger Le Ministère. Ni sa soeur, ni ses aïeules, ne lui seront d’aucun secours, croyez-nous.
Le mépris.
Je pense aux familles et aux proches de Samuel et Dominique. Samuel et Dominique, eux, ne se retournent pas dans leur tombe, ils ne sont pas surpris, ils ne savent que trop. Comme je sais, comme tous les enseignants savent, le mépris, ancien, durable, dont nous sommes l’objet permanent. Nous sommes les girouettes pédagogiques qui tournons sur nous-même au gré de réformes, non au service des élèves, mais à celui de brèves volontés ou lubies politiques, engagées au gré de gouvernements successifs. Nous, je veux continuer à utiliser ce pronom, je penserai comme une enseignante, jusqu’à la fin.
SCCCC, pardonnez-nous, ceci n’est ni un gros mot ni un bégaiement ministériel mais le Socle Commun de Connaissances, de Compétences et de Culture (sic). Je passe sur les politiques de l’Éducation Prioritaire ou des Cités Éducatives, entre autres, …
Je pense aux familles et aux proches de ces collègues, morts pour rien, victimes d’un fanatisme, définitivement incompréhensible. Sont-ils stupéfaits, abasourdis, par cette méprise, ignorante du profond traumatisme, de la peur d’enseigner, du secret découragement, de la grande solitude face à une institution qui ne protège guère mais demande des comptes si promptement ?
Le mépris.
« Élever le niveau, élever le niveau, élever le niveau ». Oh, le leitmotiv ! Oh, le leitmotiv ! Oh, le leitmotiv !
Nous avions le très révolutionnaire et populaire « Ah, ça ira, ça ira, ça ira ! », célèbre refrain passé glorieusement à la postérité.
Nous héritons de « Élever le niveau, élever le niveau, élever le niveau ». La chute.
Nous avions l’expiatoire et Hugolien « Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! », plainte sublime de l’impériale débandade.
Nous héritons de « Élever le niveau, élever le niveau, élever le niveau ». La déroute.
Nous avions le très « british » « Mayday, Mayday, Mayday ! », signal international de détresse absolue.
Nous héritons de « Élever le niveau, élever le niveau, élever le niveau ». Le naufrage.
Nous avions l’illustre et prémonitoire « Le coq chantera trois fois », héraut de délivrance imminente.
Nous héritons de « Élever le niveau, élever le niveau, élever le niveau ». La débâcle.
Nous avions l’inénarrable « Quand les Verts voient rouge, ils votent blanc », sensationnel jeu de langue.
Nous héritons de « Élever le niveau, élever le niveau, élever le niveau ». Le drame.
La chute, la déroute, le naufrage, la débâcle, le drame, dis-je.

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19 heures
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