Billets

Le choix

Mardi 1er octobre 2024.

Dois-je l’écouter ou poursuivre mon scrabble en ligne ?

Recroquevillée, emmitouflée sur ma chaise et légèrement transie du froid humide de la pluie tombée sur mes épaules matinales, j’hésite. Ce n’est guère patriotique de snober un Premier Ministre discourant de politique générale, j’en conviens. Mais ce matin, le réveil a sonné dès potron-minet, beaucoup trop tôt pour mon horloge biologique. J’ai serré, une dernière fois, dans mes bras chauds de nuit, Para-Phryge, avant de sauter du lit. Routine matinale, sac à dos, parapluie, bus, c’est parti ! Il pleut sur le Poitou. Beaucoup. Depuis un moment. Septembre, mois le plus arrosé depuis 25 ans. Je confirme. Ce matin, bénévolat au TDM pour l’accès aux droits. En binôme avec un camarade d’aussi bonne volonté citoyenne, tout droit sorti de mon passé professionnel, nous accueillons les demandeurs/euses, remplissons des formulaires en ligne, empilons des attestations et autres requêtes administratives dont le nombre donnerait le vertige aux meilleurs champions de l’Everest, des preuves même, pourtant nous ne menons aucune enquête policière … Nous scannons, photocopions, expliquons, fixons des rendez-vous … La tâche est ardue. Au suivant ! Encore une tête et un nom familiers ! Je suis si heureuse de retrouver ces visages de ma vie d’avant. Je me sens, à nouveau, dans mon élément, quasi naturel. J’adore reconnaître, lire, ces lettres qui forment des noms magnifiques de diversité et d’ailleurs. Demander des nouvelles, comme on le ferait d’amis perdus de vue. Ces retrouvailles, ces collaborations, cette mission, comme mon carburant de joie intérieure profonde. Je bavarde, je bavarde, je m’active, j’écris, je plie, je déchire un formulaire raturé, je vérifie une orthographe, je bondis au photocopieur … Je me sens utile, je suis utile. J’existe !

Dois-je l’écouter ou poursuivre mon solitaire en ligne ?

Déjà lundi, toujours pour le TDM, j’ai rempli, avec appréhension, ma première mission d’écrivaine publique, sous l’œil bienveillant de ma tutrice. Dans ce petit bureau de l’annexe de mairie, exactement là, au cœur de ce quartier si familier et attachant, celui de mes vingt dernières années professionnelles, j’ai jubilé. L’étroit couloir d’attente est plein, les citoyens défilent. Les fantômes bien vivants de ce passé professionnel me reconnaissent, m’interpellent, sourient. Ca blablate ! Je rédige des mails, des courriers de réclamation, je crée des comptes en ligne, je modifie des options de vols, je prends des RDV pour mes interlocuteurs/rices, … Je me rends compte que le monde numérique est une jungle pour quiconque et d’autant plus pour les personnes ne maîtrisant ni les outils numériques, ni la langue écrite. Je suis utile. J’existe !

Dois-je l’écouter ou exécuter mes 200 sauts à la corde ?

Entre deux missions de bénévolat, j’ai repris le cours de photo. David, notre artiste/prof préféré, s’est lancé dans les échelles de tons, réelle, « Zone Système », tirage. Je jubile, moins … Tonalité, teinte, saturation, tout cela ne devrait bientôt plus avoir de secret pour moi. Enfin, bientôt ou plus tard … Exercice ! Explication de texte, non de photo ! Nous planchons sur nos noirs et blancs, comme de bons élèves appliqués, et nous adorons cela. Contraste, blanc pur, gris moyen (18%), source lumineuse, type de lumière, … Je suis projetée en arrière, dans l’univers scolaire, non sans délectation. Qui commence ?

Dois-je l’écouter ou me préparer un thé vert bio ?

Ah ! Tant pis ! Le discours est terminé …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Brame automnal

2024-09-24

Le mépris

2024-10-04

En savoir plus sur Radiée des cadres, et après ?

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture