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Dépistage

Dépistage du cancer du sein réalisé ce matin. Fin provisoire de l’angoisse irraisonnée, raisonnable.

La réception du courrier d’invitation à ce dépistage, marqueur régulier de mon horloge vitale, me plonge invariablement dans mon catalogue cinématographique mental personnel. Les drames, les figures parentales disparues, en bonne place sur le rayonnage cérébral y côtoient les superproductions climatiques cataclysmiques, les futurs compromis. Je me passe en boucle le film du dépistage depuis plusieurs mois, je modifie les chutes en fonction de mes humeurs, RAS ou anomalie (plusieurs saisons annoncées). C’est grotesque et infantile mais l’angoisse, irrépressible, est mon amie de toujours. Sous le masque de dureté, d’impassibilité ou d’indifférence, c’est la tempête perpétuelle.

Soulagement, J’ai définitivement rangé les séries professionnelles qui encombraient monstrueusement mon petit cinéma. Les collègues, m’envoyant au bureau un(e) récalcitrant(e), ma caméra et mon muet effroi intérieur immortalisant instantanément l’infortuné(e) puni(e), écrasé(e) au bas des escaliers … Une récréation trop longue, ça tourne ! Un crâne lancé à toute vitesse contre un poteau, un doigt coupé dans l’entrebâillement d’une porte, des genoux ensanglantés … Les flux au portail, une grille restée ouverte par un parent retardataire, ça tourne ! Images d’agressions, d’intrusions … Un(e) absent(e) à l’environnement familial complexe, ça tourne ! Pourvu que l’impensable ne soit pas arrivé … Les voyages scolaires annuels, ça tourne ! Les noyades, les chutes, les accidents divers et variés, les égaré(e), … Ma participation à ces, par ailleurs, merveilleuses aventures pédagogiques et éducatives, économisait quelque peu ma funeste pellicule, comme si j’avais été dotée d’un pouvoir surnaturel qui aurait empêché, l’imprévisible de se produire. …

Dieu merci (sans Dieu, merci aussi), la réalité scolaire était bien plus belle que mes sempiternelles fictions, usantes et maladives.

La retraite a du bon, moins de films en rayon ! Je fréquente moins mon cinéma personnel. Je me cantonne aux actualités du monde et à mes séries familiale et intime. Pas mal de visionnages tout de même …

Ma fille sur la route, film …

Ma petite fille à cheval, film …

Mon petit fils au foot, film …

Le chien, non pas le chien …

Dépistage du cancer du sein, film …

Etc, film …

J’apprends, non sans stupeur, qu’aujourd’hui, la femme meurt moins du sein que du coeur. Victime contemporaine du tabagisme, une particularité jusqu’alors masculine. Ravages prévisibles de l’égalité homme/femme … J’ai bien une petite collection d’AVC dans ma filmographie mais les chutes y sont toujours rapides et radicales.

Je range, provisoirement apaisée, la bobine du jour dans mon rayonnage mental et vais faire le tour de mon jardinet.

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