Billets / Grains de sel

« Petit pays »*

Petit pays. Poignant roman graphique. Point de vue de l’enfance sur l’histoire familiale qui se délite dans l’Histoire chaotique du Burundi des années 90, celles de tous les dangers. Un père français, acharné de l’expatriation, jusqu’à en mourir. Une mère rwandaise, déracinée, fragile, rendue folle par le génocide des Tutsi, qui décimera les siens.

Rwanda. Je sillonne tes collines verdies de théiers ou de bananiers que serpentent d’étroits sentiers de terre rouge. Je piste tes chimpanzés de Nyungwe ou tes éléphants de l’Akagera. Je me prélasse à Cyangugu et sa vue imprenable sur le Kivu, ses îlets, ses pêcheurs, une Primus à la main. Je longe ton lac Kivu du Sud au Nord, non sans avoir préalablement roulé vers ta frénétique frontière avec la RDC. Je me prélasse aussi à Gisenyi, une Mützig à la main, avec Goma, la scintillante nocturne, en ligne de mire. Je me stationne en urgence sur une route déserte pour laisser passer le convoi présidentiel et j’agite, puérilement, la main sur le bord de la route. Je croise parfois, d’étranges silhouettes orange, au loin, penchées sur quelque tâche agricole. A Butare, je me hisse, tout aussi puérilement, sur la pointe des pieds pour apercevoir la première dame, bien trop encadrée. Je me glisse dans la nef d’une cathédrale pour assister discrètement à un mariage. J’arpente Kigali, ta trépidante capitale, qui, à pied, se mérite. Je me rassasie de couleurs, d’odeurs et de bourdonnements au marché de Kimironko et j’y achète des piments.

Rwanda. Pourtant, je veux voir. Pourtant, je veux savoir. De Gisozi à Ntarama et Nyamata, de Murambi à Bisesero, je marche, humble et silencieuse.

Petit pays. Gaby, héros dessiné, Tutsi par le sang, vit les événements qui enfièvrent Bujumbura, pour une large part incompréhensibles à son entendement enfantin, dans, la joie des amitiés, l’aventure des escapades, le frisson des larcins minuscules, la passion des livres, les difficultés parentales, la peur et l’incertitude aussi. Garçon, entraîné contre son gré, dans les haines adultes, haines qui le pousseront, dans un accès de terreur, à commettre l’impensable.

Petit pays. L’exil pour échappatoire. Gaby et sa sœur quittent leur terre natale.

Lecture sans pause, captivée, émue. Une belle découverte littéraire qui me renvoie, par sa forme, à Spiegelman et son terrible mais absolument prodigieux récit graphique, « Maus ».

« … Si l’on est d’un pays, si l’on y est né, comme qui dirait : natif-natal, eh bien, on l’a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes : c’est une présence dans le cœur, ineffaçable, … » Jacques ROUMAIN

* De SAVOIA / SOWA / FAYE

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Dépistage

2024-04-22

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