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Bras de fer

Mardi 7 juillet 2026.

Je viens de retrouver ma lignée ce vendredi 3 juillet, après un premier voyage en TER de Poitiers à Limoges, puis un autre en Intercités de Limoges à Brive, enfin le dernier en TER parcourant lentement la campagne périgourdine. Arrêt final, 19 h 48 !

Le garçon est en vacances, enfin, le croit-il. L’école primaire, le CM2, c’est définitivement terminé. Ce temps, assassin pour les gérontes, est aussi celui des promesses et des métamorphoses pour l’enfant qui grandit et va bientôt disparaître pour ne renaître que sur les clichés poussiéreux d’albums photographiques familiaux que l’on feuillette dans la profonde nostalgie des jours d’avant.

Cependant, le CM2 n’a pas attendu la toute fin de l’année pour se métamorphoser en un insupportable Gremlin, sans eau ni douze coups de minuit. Le coquin est inventif … en diable. Pour preuves, deux vieux murs de pierre en brasier typique de la région briviste, insolemment tagués dans un rouge vif qui pique les yeux stupéfaits. Le futur collégien a de la suite dans les idées créatrices à défaut d’une seule une once de cervelle policée.

En quelques secondes, son forfait était accompli et surpasse en audace, je l’avoue, mes productions personnelles, réalisées à l’atelier peinture de l’école des Beaux-Arts. Deux cœurs poétiques d’un côté de l’allée qui mène au logis familial, de l’autre, une sorte de graffiti incompréhensible aux néophytes. J’interviewe immédiatement l’artiste en herbe qui semble lui-même ignorer le sens profond de son œuvre sinon chef. Ne reste plus à la mère qu’à s’affairer à faire disparaître, à grands frais, une très jeune carrière artistique déjà contrariée.

Mon petit rejeton n’est jamais en reste, il me provoque crânement au bras de fer après avoir perdu plusieurs parties de « baccalauréat ». Il a la certitude d’une prime jeunesse sportive que mon petit bras gauche est sans force, il est si fluet. Nous nous installons en bout de table, le compétiteur de 11 ans jubile par avance. Les mamies ne savent faire que des tartes aux pommes semble-t-il croire en me jetant un regard bleu acier trempé. Je me prépare, pose mon coude et attrape sa main déjà plus grande que la mienne. Je suis petite, mes mains et pieds sont minuscules.

Trois, deux, un ! Go ! Le sourire quitte le jeune visage et les pommettes rougies en une grimace surprise. Tandis que son bras s’incline vers la droite, il résiste sans vraiment croire ce qu’il vit. Quoi ? Mamie ? Je terrasse mon concurrent en éclatant de rire, je surjoue la victoire, c’est la coupe de mon monde. Les mamies ne sont décidément plus ce qu’elles étaient … Le garçon est vexé. Attention la jeunesse à ne pas enterrer trop vite vos gérontes !

Le calvaire de l’écolier ne s’arrête pas à sa lourde défaite. Tous les matins, il doit compléter une double page de « Passeport du cm2 à la sixième » et subir mes leçons pédagogiques (le naturel revient toujours au galop …). Il s’y plie, sans choix, dans des soupirs qui me laissent froide. Après le calvaire grammatical, lexical, ou mathématique, mon petit garçon doit s’auto-évaluer dans de grands moments de solitude. Ce matin, par exemple, l’emplacement du petit graal brillant à coller va rester vide.

La liberté estivale totale, ça ne commence pas aujourd’hui !

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