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En scène !

Vendredi 12 juin 2026.

Je suis arrivée un peu après 18 h 30, me pensant en retard mais j’ai constaté avec stupeur que tout le monde patientait dans le hall du centre d’animation. Parking plein, j’ai dû me stationner sauvagement sur un parking privé de résidence, pas le choix. On m’indique que le spectacle ne commence qu’à 19 H. J’ai un dîner après la représentation et je m’étais engagée à ne faire qu’une brève apparition ce jeudi soir. Mince ! Comment vais-je gérer les deux événements de la soirée ? Je n’ai pas le choix, j’attends. Les portes de la salle s’ouvrent enfin. Je n’ai pas le ticket, précieux sésame jaune qui permet aux familles d’accéder à la salle, mais des collègues me reconnaissent et je file m’installer au troisième rang près de la porte pour m’éclipser discrètement pendant le spectacle.

Les spectacles scolaires de fin d’année qui clôturent le travail pédagogique intense d’une année, chorales, danses, mises en voix, je les aimés profondément. Ce jeudi soir, il s’agissait de la restitution d’un projet musical conduit par une collègue et camarade d’un groupe scolaire voisin de celui dans lequel j’ai officié avant ma retraite. « Réseau d’Éducation prioritaire » et « Cité éducative ». De nombreuses difficultés socio-économiques ou culturelles y complexifient le métier d’enseignant(e) mais ma collègue garde la passion intacte, de transmettre, d’accompagner, de s’investir totalement dans des projets exigeants et chronophages. Oui, des enseignant(e)s toujours passionné(e)s, j’en connais beaucoup.

19 h 05, le spectacle débute enfin et j’ai conscience que je vais être très en retard pour mon dîner en duo amical, 100 % Educ Nat (enseignante, je le resterai toute ma vie). Le rideau se lève et l’émotion pure me saisit. La chorale se tient, fière, sur la scène, les deux enseignantes encadrant discrètement le chœur. Je scrute les visages enfantins, sérieux mais radieux. Les souvenirs affluent à ras de mémoire, l’excitation extrême et le trac des artistes en herbe et des enseignant(e)s derrière le rideau ou dans des coulisses improvisées. Pas d’enjeu vital dans ces moments de restitution, mais une volonté réelle et partagée de produire le meilleur quelles que soient les difficultés d’apprentissage habituelles. Sur les planches, point d’élèves mais des enfants sages et déterminés à éblouir les familles qui ont fait l’effort de se déplacer hors du quartier pour applaudir leur enfant et éprouver cette fierté si particulière de parent, spectateur, spectatrice, de sa progéniture en représentation. Cette fierté parentale absolue, frôlant la vanité puérile, je l’ai éprouvée pour ma propre fille, souvenirs de total bonheur, toujours vivaces.

La cheffe de chœur donne le top du premier chant, des musiciens du conservatoire accompagnent cette aventure musicale scolaire, puis les voix juvéniles s’élèvent, cristallines, pour nous entraîner dans un voyage maritime merveilleux. A ce moment, je comprends que je ne vais pas quitter la salle, j’ai trop de respect pour le travail acharné des enseignantes et pour ces voix enfantines, pour un temps magnifiées, qui mouillent, à mon corps défendant, mes cils.

J’ai donc assisté à l’entièreté du spectacle qui a mêlé chants et petites pièces théâtrales dans lesquelles pas un acteur n’a oublié son texte, pas un, dans cette magie de la motivation, puissant vecteur de réussite. Voix enjouées, yeux brillants cherchant dans le public le père ou la mère.

La partition a été applaudie à tout rompre par le public. J’ai jeté un coup d’œil à ma droite sur le sourire sincère et les bras levés d’une mère ravie, peut-être surprise par la prouesse de son enfant, mais très fière en définitive.

Ce très beau point d’orgue d’un projet musical d’une année entière de création, d’apprentissage des chants et des textes, de fabrication des décors, me conforte dans ma confiance en une École qui se bouge vraiment, qui ne compte pas son temps, qui s’acharne contre l’adversité administrative ou financière, qui impulse et transmet, avec l’objectif constant de la réussite des élèves. Cette École-là me passionnera toujours.

Je me suis, pour finir, enfuie comme une voleuse, sans prendre le temps de saluer les collègues. La suite de ma soirée écourtée allait être tout aussi réjouissante.

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Reborn

2026-06-07

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