Reborn
Dimanche 7 juin 2026.
Comme dans une sorte de sidération muette, l’incrédulité absolue me saisit à la lecture de l’article de presse. Baby reborn. Poupée reborn. Oui, il s’agit de poupons réalistes qui imitent parfaitement et étrangement les nourrissons humains. De vrais cheveux, des fonctions organiques (la couche SVP), succion, etc, … Tels des bébés de substitution pour mères empêchées. Les plus réalistes affichent des prix exorbitants ! EXORBITANTS !
Je m’informe, le phénomène me stupéfie. Il faut bien avouer que je n’ai jamais été une passionnée de maternité, alors, le bébé reborn dépasse mes facultés intellectuelles et émotionnelles. Certes, la nécrose hypophysaire du post-partum calme toute mère en devenir, cependant, enfant, adolescente puis jeune adulte, je n’ai pas le souvenir d’avoir un jour fantasmé, la bouche en cœur, sur la maternité. J’évite d’approcher les nourrissons. Ils me mettent systématiquement mal à l’aise voire m’angoissent. Ma petite enfance, ou l’histoire du lien maternel qui n’a jamais fait son nœud. Le drame d’une vie. Bref passons.
Je me souviens parfaitement de mes collègues qui, après chaque congé maternité, venaient présenter à l’équipe pédagogique leur descendance dernière née. La merveille du moment passait dans les bras tendus, sauf les miens. Les têtes féminines se penchaient « comme un seul homme » sur le berceau ou la poussette, dans des vocalises extasiées, excepté moi qui gardais mes distances de sécurité émotionnelle. J’observais habituellement ce petit théâtre de la vie, plutôt du côté des petits fours. Personne n’était vraiment choqué, tout le monde connaissant mes petits ou vilains travers.
Mais revenons plutôt à nos moutons, nos poupons en l’occurrence.
Je navigue sur l’écran de mon ordinateur pour mieux comprendre cette nouvelle lubie commerciale. Commerciale ? Curative ? Après l’écoute d’un excellent podcast sur l’effet placebo, c’est la cerise sur le gâteau sociétal. Dans une vidéo, une « maman » reborn se met en scène avec ses nourrissons de silicone dans une séquence édifiante. Elle change le plus jeune (sic) puis brosse la chevelure de l’aînée (re-sic) qu’elle a tout de même achetée près de 4000 euros … J’en reste pantoise, telle la poule avec son couteau. Elle explique à la caméra que n’ayant pu avoir d’enfants, ces poupons comblaient son manque de maternité. Je m’accroche mais reste hermétique au propos. Le bonheur affiché par cette femme interroge mon esprit rationnel dans une étrange énigme humaine.
Et, que penser des « reborn » adoptés par des mères endeuillées ?
J’apprends ensuite qu’on donne ces « reborn » aux gérontes séniles pour les calmer en favorisant l’émergence de leurs souvenirs maternels. Quelle horreur ! J’imagine la torture mentale, devoir se souvenir des pleurs, des couches à changer, des biberons de onze heures, des gencives rouges, des poux scolaires, des genoux écorchés, de la varicelle, et tutti quanti. De quoi jeter le reborn avec l’eau du bain …
Cet étrange commerce a débuté aux États-Unis. De la bombe atomique à l’affreux Toto à la mèche tintinesque et au teint orange Napalm, il faut désormais être toujours prêt à tout.
Mais, soudain, mon regard est attiré par du rouge vif sur un de mes oreillers. Mes neurones s’affolent et se bousculent dans ma boîte crânienne façon flipper. Interrogation. Suspicion. Comparaison. Substitution. Proportion. Négation.Tilt ! Je proteste intérieurement mais furieusement. Non ! Non ! Non ! Ma Paraphryge n’a absolument RIEN à voir avec un baby reborn. RIEN ! RIEN ! D’abord, elle n’a pas figure humaine. Ensuite, sans bouche, elle ne tète pas et n’a donc pas de besoins organiques. Ni cheveux, ni bras, ni jambes. RIEN ! RIEN ! Rien à voir avec un reborn !
23 h 05, je bâille. Demain, réveil matinal à 6 h. Hâte de poser ma tête sur l’oreiller. Puis, … déposer un gros baiser sur sa non joue, la serrer très fort dans mes bras et m’endormir … comme un bébé.

-
-
1 semaine
Tagged"blog de retraitée", art, Comedia, humour, Maurizio cattelan