Rencontres du troisième type*
Vendredi 26 juin 2026.
18 h 04, j’arrive à l’arrêt de bus pour un passage à 18 h 07, je n’avais pourtant vraiment pas envie de me replonger dans la moiteur poitevine extérieure après une première escapade matinale pour assister à une réunion de bénévoles au TDM. Crème solaire, chapeau, short, la parfaite panoplie pour braver les éléments contraires. 18 h 07, pas de bus. Pas plus, cinq minutes plus tard. J’avais fait un effort monstrueux pour m’extirper du « Heimat » sombre façon volets roulants fermés. Pas le choix, ma camarade de représentation associative pour cette rencontre du soir avait jeté l’éponge, vaincue par la canicule.
Je suis restée plantée devant l’arrêt de bus, avec la flemme absolue de rebrousser chemin. J’attends le prochain passage de 18 h 21 qui arrivera finalement à 18 h 25. Joie des transports en commun. Descente « Gare Grand Cerf ». Je presse le pas, je suis très en retard. J’entre rapidement dans le bâtiment et m’enquiers de la salle auprès du réceptionniste que je n’ai pas le temps de dévisager.
Deuxième étage ! Pour une rencontre débat autour des enjeux écologiques, ce deuxième étage est bien choisi, la chaleur y monte sans obstacles et y stagne dans une pesanteur qui se mêle à la sueur des fronts. A moins que cette génération Z organisatrice ait souhaité, inconsciemment, achever les babys boomers « bobios » présents.
Je grimpe mollement, un, puis deux étages. J’entre discrètement, une chaise de cancre me fait de l’œil, j’y pose mon âge et mon corps trop chaud.
J’observe, sans en avoir l’air, l’assemblée. Génération Z représentée en nombre, boomers écolos, les très fameux « cotons-tiges » (baskets blanches ici troquées pour des sandales et cheveux blancs), expression dont je me souviens soudainement en écrivant.
La chaleur est insoutenable malgré les fenêtres ouvertes ou peut-être à cause des fenêtres ouvertes dont les cadres béants appellent la brise. Le rouge, non pas ivresse mais suffocation, domine sur les pommettes. Les cheveux collent aux fronts. Le tableau est lamentable. Le maintien d’une telle rencontre en pleine canicule relève du paradoxe absolu chez mes nouveaux et momentanés camarades qui ont l’écologie chevillée à l’idéal politique sinon révolutionnaire.
J’avise l’écran et le document projeté dont seuls les initiés de la réunionnite aiguë aux outils de communication pédagogique frisant la caricature intellectuelle (réunionnite pédagogique que j’ai jadis assidûment pratiquée par obligation professionnelle) pourront juger, in fine, de la pertinence.
Bien sûr, suit l’obligatoire réflexion en ateliers. Chouette ! Brainstorming pour cervelles liquéfiées ! Je retrouve une connaissance professionnelle qui m’indique avoir reconnu à la réception un de nos anciens élèves. Je redescends illico pour le saluer. Nous bavardons cinq minutes. Il a 29 ans, cela pique ma mémoire. Ma soirée s’éclaire soudain. Joie de très brèves retrouvailles scolaires.
Je remonte, plus lentement, et m’assois au hasard dans un atelier, document de réflexion au sol, nous sommes en cercle, comme à la colo. Je suis cernée de militants. J’explique clairement que je ne milite pas, que la violence n’est jamais une réponse adaptée. Mon rapport à l’écologie est d’abord personnel, citoyen ensuite, dans mes actions quotidiennes et dans mon vote. Je me suis alors fermement arrimée à ma chaise mais personne n’a souhaité me jeter par la fenêtre. A ma gauche, un jeune ER. ER ? Kesako ? Je demande naïvement. « Extinction Rébellion », me répond-il, sans rire de mon ignorance crasse car il croit à son combat. A sa gauche (la gauche, toujours), un jeune NMB. NMB ? J’en rajoute, désormais bêtement. « Non aux Méga-Bassines ». Évidemment. Une introspection coupable s’impose au dernier de mes neurones encore en capacité de recevoir un signal électrique.
Blablabla. Stratégie. Blablabla. Convergence. Blablabla. Contre. Blablabla. Sans. Blablabla. Blablabla …
Puis, à un moment imprécis de l’atelier, je décolle de ma chaise en une sorte de lévitation mentale secrète. Je me téléporte, je suis à « Devils Tower ». Ils sont là. ils atterrissent. Yeux écarquillés et bouche ouverte, telle la version féminine défraîchie de David Vincent, je les vois dans la lumière des vaisseaux. Ils débarquent, se dirigent vers moi et m’entourent en un cercle qui me rappelle quelque chose. Les Aliens vont m’enlever, corrompre le paisible cours de ma petite vie, en une erreur magistrale. La vision se transforme en cauchemar. Je crie. Je hurle. NOOON !!! Pas moi !!! Je ne milite pas !!!
* Rencontres du troisième type, film de Steven SPIELBERG. 1977.

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7 jours
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