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Départ.

Mardi 18 février 2025.

Le départ approche résolument. Les jours qui nous en séparent peuvent désormais se compter sur les doigts des deux mains. Le voyage, il est promis au garçon, pour la clôture de sa première décennie de terrien. J’avais proposé la même destination à sa sœur aînée, dans les vastes plaines Maasaï. Je pensais qu’il préférerait plutôt une coupe de foot quelconque mais, lui aussi veut voir les animaux de la savane. La Grande Migration devrait se trouver dans le sud du Serengeti à cette période de l’année. Donc, comme promis, le voyage est désormais à portée de rêves, les deux visas obtenus, non sans mal, l’application du gouvernement tanzanien est en bug quasi permanent …

J’ai beaucoup voyagé avant la pandémie, notamment dans cette Afrique de l’Est et Australe que j’affectionne particulièrement. Le voyage, comme une profonde inspiration, une bulle de joie intérieure pure qui éclate dès le retour à la vie active. Puis, mes interrogations en matière de planète durable ont mis un coup d’arrêt aux vols et autres correspondances aériennes. Pourtant, aujourd’hui, ne pas tenir ma promesse serait indigne d’une Mère-Grand.

Rien n’est prêt, par ailleurs. Je fais toujours ma valise au dernier moment, comme pour un départ précipité, inopiné. Je ne suis jamais dans l’esprit du voyage avant d’avoir posé un pied dans le train qui quitte le quai de ma ville natale, direction ROISSY et l’ailleurs.

L’ailleurs.

La langue étrangère, comme une syntaxe poétique, secrète, qui ne se révèle qu’aux initiés dans le creux d’une oreille attentive. L’autrui, celui qui vous ressemble dans sa différence essentielle. La chaleur, tantôt accablante, tantôt régénérante au cœur de l’hiver européen ; la moiteur, parfois, sur la ligne équatoriale de la Perle africaine. La bière locale, pour une baroudeuse de pacotille assoiffée, bière mousseuse aux noms évocateurs, Primus, Nile Special, Tusker, Skol, Eagle, Impala, Kilimanjaro, … Les routes poussiéreuses, rouges en terres des grands lacs, cahotantes presque partout qui allongent les distances pour le plaisir absolu de l’aventure. Les couchers de soleil qui transfigurent les baobabs ou les graciles girafes. La faune extraordinaire, prédateurs carnassiers, proies légères en sabots bondissant vainement, les volatiles aux plumes chatoyantes. Les insectes de toute espèce, volants ou rampants, que vous n’avez décidément pas envie d’observer à la loupe. La forêt primaire originelle, les canopées, écosystèmes tropicaux dont vous tentez, sans réussir, la traversée sur des ponts de singes en hurlant de vertige. Les villes frénétiques, sans panneaux, ni lampadaires, ni feux de signalisation au cœur desquelles votre véhicule est bloqué dans des embouteillages monstres. Les superbes lodges dans lesquels vous jouez à Karen BLIXEN. Les éléphants du lac « Edward », les plus imposants des pachydermes dont les défenses impressionnantes vous intiment le silence et l’immobilité dans la coquille de noix à quatre roues (désolée ma rouge Paraphryge mais tu ne soutiens, cette fois-ci, pas la comparaison !). Les rencontres effrayantes sur de dangereuses frontières sillonnées par des militaires aux mines patibulaires qui vous dévisagent, comme des apparitions divines ou grotesques, en ces lieux inhospitaliers. Les mémoriaux du petit pays si vert qui vous rappellent aux responsabilités françaises. Le « tonnerre de fumée » zambézien qui nous trempe instantanément, dans une chute, puissante, prodigieuse.

L’ailleurs.

Les autruches qui courent sur le bord rocheux du monde terrestre, là-bas, tout en bas du planisphère. Les empreintes de mains, de votre iconique idole hongkongaise, « midinettement » photographiées. Les troupeaux de dromadaires qui s’évaporent, comme dans un songe, dans les vents sableux de la Péninsule Arabique. Les ruines fabuleuses du royaume khmer. La froide forêt de bouleaux lettone, silencieuse, dans son sommeil hivernal. Les ruelles d’une mythique cité qu’arpentait l’amoureuse durassienne à la recherche de son amant chinois …

Images fixées derrière la rétine, définitivement.

Le bleu mer turquoise des coupoles égéennes, le rouge ara amazonien, le orange bouddhique, le jaune ciré de la mousson, le noir profond du ciel vierge des corruptions lumineuses, le vert caméléon, le rose protea, … Chromatiques de l’évasion …

J – 9 !

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