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Chronique d’une peur, épisode 4

Mercredi 21 octobre.

Le vague à l’âme automnal m’a saisie depuis quelques jours déjà. Les matins frisquets, la pluie nocturne et froide, les tomates restées vertes, la dernière poire tombée comme en une annonce de finitude.

17,1 degrés dans la maison, ce matin. Je suis habituée et ne compte pas allumer le chauffage de si tôt. J’entre, à ma façon, en résistance contre l’inflation. Le prix repère de vente du gaz va augmenter de 6,6 % en novembre, coup de bambou ajouté à tous les autres. Mais le soleil brille, par intermittence, à travers les vitres, grand sourire astral.

Retour au sujet titré qui m’occupe, me préoccupe de plus en plus sérieusement. Je déteste la violence. Quelle qu’elle soit. D’où qu’elle vienne, des forces de l’ordre, des manifestants, des casseurs. Elle me tétanise en une sidération incrédule. En visionnant les images de chaos, de désolation visuelle et mentale, pendant et après le 17 octobre, j’ai immédiatement pensé à la blonde peroxydée exultant de satisfaction électorale, souriant à pleins crocs, quasi triomphante, et son bouffon brushé, lisse dehors, vomitif dedans.

On se rapproche inexorablement de l’échéance présidentielle dans le chaos, la souffrance, la colère, les revendications, la violence, la destruction, la désolation aussi.

J’ai peur des indécis, ces faiseurs de rois ou de vilaines reines. Les gérontes. Ces baby-boomers, qui, semble-t-il, peuvent avoir notre destin démocratique dans la main qui saisit le bulletin. De ceux, qui, tout comme moi, ont connu l’école des savoirs livresques. Souvenons-nous, les départements, les fleuves, les rois, les poètes, Marcel Pagnol, les problèmes de robinets qui coulent, le lycée émancipateur et les six volumes des Lagarde et Michard. Les vacances familiales à Oléron dans les vagues annonciatrices d’équinoxe et les cris de fausse peur joyeuse. Le métier, comme un sacerdoce républicain, enfin, pour ma part. Une vie de croyance ferme en la République, forgée par nos aînés, témoins de l’Histoire en marche.

J’ai peur que les gérontes aient peur et se fourvoient dans le mirage nationaliste. Il est vrai que nous sommes la cible facile des politiciens sans ambition ni vision. La retraite par répartition, nous l’avons payée par notre travail. Devrons-nous subir les conséquences des gabegies financières politiciennes totalement éhontées ? Bon sang de bois, l’argent, prenez-le où il se trouve vraiment !

De ces boomers, j’en suis ! Née en 1963, biberonnée au gaullisme parental, bercée dans les récits familiaux de la Grande Guerre, paternel de l’Algérie, nourrie des savoirs de l’école du XX ème siècle. J’ai lu, tout « Oui-Oui », puis « Fantômette et le « Club des cinq ». Ça vous forge une culture, messieurs-dames ! Après, j’ai découvert Zola et détesté ma prof de Français de Première qui voyait en lui un odieux pornographe. Puis, Tolstoï, et c’était parti pour la passion de la littérature.

Solennellement, je m’adresse à vous, mes chers et chères gérontes et collègues en génération. Non ! Le RN ne mène nulle part sinon à la fosse des « Lumières ». La comparaison est douteuse, j’en conviens, mais ne réitérons pas un succédané larvaire de « Reich ». Gardons en tête nos convictions résolument républicaines. Restons calmes face aux radicalités vociférantes. Tenons-nous droits et vigilants dans les tempêtes revendicatrices sinon destructrices. Gardons à l’esprit qu’un parti des -ismes honteux ne peut mener qu’à la perte de nos idéaux. Les phobies politiques de la fausse blonde sont une hérésie définitive à laquelle nous ne pouvons souscrire. Restons dignes de nos lignées ancestrales, de nos descendances !

Car aujourd’hui, la peur me quitte, l’effroi me gagne en un cauchemar prémonitoire.

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