Chronique d’une peur, épisode 3
Dimanche 11 octobre 2026.
Les tout petits trumpistes français donnent de la voix et de l’acte dans les municipalités gérées par le RN. J’entame donc ma randonnée mentale virtuelle niveau 5 dans la France qui s’éteint, en pleine lumière, toute honte bue, dans un lent mais sûr effondrement moral et politique.
Direction plein sud ! Malheureusement, pas celui de Nino Ferrer (clin d’œil spécial gérontes).
A Bagnols-sur-Cèze, c’est le sport qui trinque. Baisse de subventions pour les associations de football et de handball. Coup de massue financier contre le centre social. En lieu et place, plus de policiers municipaux ! La sûreté publique, cet obscur objet du désir fasciste.
A Vauvert, l’expo photo, ça ne passe pas, annulée, en un ridicule cliché municipal ! Le jazz, ça n’aime plus non plus, exit la subvention. Ça fonce tout droit sur l’autoroute de l’obscurantisme politique et culturel. Et pour le jazz, c’est beaucoup plus pernicieux.
Ah ! Carcassonne … Désormais, ça joint les actes au discours, ça prend un arrêté anti-mendicité. La cloche c’est moche … Pas le seul me direz-vous ? Non, pas le seul, mais significatif d’une désormais longue liste de décisions qui reflètent une idéologie nauséabonde et dangereuse. Avec les propos racistes et sexistes d’un policier municipal (ah ! La sûreté publique !), n’en jetez plus, le tas de fumier est déjà trop haut. Policier, par ailleurs, membre du service d’ordre du RN, comme dans un cauchemar démocratique totalement éveillé. Idéologie dangereuse, je vous dis.
Beaucaire. Je ris à gorge déployée. Le pugilat judiciaire se termine en déroute pour l’édile RN. Non ! Dénoncer des attributions de commerces au faciès n’est pas diffamatoire, monsieur ! Merci aux médias qui traquent la bête, façon immondices, partout où elle ne louvoie même plus.
Je poursuis ma rando furieuse et remonte vers le nord, là où « les gens ouvrent (soi-chantant) toujours leur porte à ceux qui ont souffert »* …
A Hénin-Beaumont, ça taille à la serpe. Virés sans traitement, les deux syndicalistes qui ouvraient trop leur bouche. Contre l’avis du conseil de discipline, du grandiose Messieurs-dames ! Et hop ! Encore une claque judiciaire bien sentie avec la suspension de cette décision municipale totalement arbitraire.
Liévin, ancien haut lieu de l’industrie minière. Ici, ça saccage la célébration de la fête du travail. Exit les verres entrechoqués dans le brouhaha de la joyeuse intersyndicale ! Friedrich Engels doit taper rageusement du pied dans sa boîte à corps mort.
A Harnes, ça a la hargne contre l’Ukraine et son drapeau. Contre l’Europe et son drapeau. Sidérant de petitesse cérébrale, de vision racornie, de vile inclinaison filigranée.
J’arrête ! J’arrête, car je n’en peux plus. Cette marche vide le cœur plus qu’elle n’épuise le corps.
« Les loups sont entrés … »** au cœur de ma France. Même les chiots hurlent en silence à la mort.
Non Serge ! Nous n’avons pas perdu le goût de tout !
Non Serge ! Le ciel peut toujours être bleu !
Non Serge ! Je n’ai pas envie de cesser de rire !
Non Serge ! Nous les avons toujours, l’amour et la fraternité !
….
Mais, j’ai quand même peur. Vraiment très peur.
Ces tours de piste municipaux sans étoiles préfigurent ce qui, sans sursaut républicain, nous attend. Droit syndical bafoué. Culture vivante et créative anéantie. Fraternité piétinée. Médias libres bâillonnés. La liste est trop longue …
Vraiment très peur …
* Les gens du Nord. Paroles de Jacques Demarny et Enrico Macias. Musique, Enrico Macias et Jean Claudric. Interprète, Enrico Macias. Édition Warner Chappell Music. France. 1967.
** Les loups sont entrés dans Paris. Paroles d’Albert Vidalie. Musique de Louis Bessières. Interprète, Serge Reggiani. Label, disques Jacques Canetti. 1967.

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