Sambre *
Vendredi 25 septembre 2026.
De 1988 à 2022, du premier au sixième épisode, la mini-série Sambre de Jean-Xavier de Lestrade, inspirée de faits réels, pose tout en délicatesse et humilité la parole poignante et le parcours judiciaire ardu des victimes d’un violeur en série français qui va sévir durant trois décennies. Ardu, parce que souvent méprisé sinon ignoré. De forces de l’ordre exclusivement masculines en 1988, grossières dans leur méconnaissance de la prise en charge des femmes victimes de viol à l’odieux binôme qui maltraite une énième très jeune victime du criminel en 2012, on trépigne d’indignation et de colère rétroactives.
On croit savoir que la parole des victimes est mieux prise en compte aujourd’hui … On peut tenter de se référer pour cela à l’affaire Lyhanna …
Chaque épisode est consacré à un personnage clé de la narration, de Christine, la première victime à Enzo, le violeur.
1988. Formidable Alix Poisson dans le rôle de Christine, cette femme vivant pendant des années dans le déni destructeur de son viol. La série s’ouvre sur la scène de sa reprise de conscience après son agression et prend fin avec l’ouverture du procès et son regard clair, enfin posé sans ciller, sur son violeur.
Dans ce premier épisode, Blanchot (joué par Julien Frison), jeune policier naïf et plus tard aussi totalement dépassé, débarque dans ce commissariat de province exclusivement masculin dans lequel fusent les grasses remarques racistes et dans lequel on ne se s’embête pas avec la paperasse, premier bon conseil reçu à son arrivée … Ça plante le décor de l’incompétence crasse. Après des décennies d’errance policière et judiciaire, Blanchot, sidéré par sa propre incurie, prendra enfin la juste mesure du désastre.
1996. Le temps passe. Une jeune juge à la sensibilité exacerbée, croit fermement au violeur en série et se confronte vainement à l’inertie policière sinon à la défiance. Cette police aveugle qui fraternise avec le criminel et ne capte même pas la trop troublante ressemblance avec le portrait robot épinglé au commissariat.
2003. Une maire, à l’instar de la jeune juge, se bat contre les moulins politiques et institutionnels pour alerter la population après trois viols sur sa commune qu’elle pense en lien avec ceux de la Sambre.
2007. Le violeur court toujours et sévit aussi côté belge. Une chercheuse universitaire s’improvise, à la demande d’une nouvelle juge, profileuse géographique pour faire avancer les différents dossiers non encore fusionnés. Elle s’approche au plus près du profil criminel en dépit des élucubrations de la psychologue ayant précédemment réalisé un profil totalement erroné. Les dossiers finissent, une fois de plus, aux archives judiciaires.
2012. 2018. Olivier Gourmet (acteur que j’apprécie) pugnace et patient commandant Winckler des « cold cases », reprend méthodiquement l’historique de l’affaire, épluche avec abnégation les vieilles plaintes et même les honteuses mains courantes rédigées par des fonctionnaires sans vergogne qui ne s’embêtaient pas avec la paperasse. Opiniâtreté et chance vont le conduire au criminel, arrêté dans le petit matin de ses nombreux crimes, dans une scène que j’aime me repasser en boucle.
Les époques sont rythmées par leurs tubes et la musique originale accompagne parfaitement les personnages dans, leur douleur, leurs émois, leurs interrogations, leur impuissance. Grinçante aussi, quand elle suit le violeur.
En somme, une mini-série formidable de justesse, avec un casting extra.
*Sambre. Mini-série réalisée par Jean-Xavier de Lestrade. 2023.

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