Le pour et le contre
Vendredi 30 octobre 2026.
Jeudi 29 octobre, après-midi, bien au chaud sous mon plaid, dans le précieux « Heimat » ensoleillé sinon chauffé (toujours en résistance passive contre les géants des hydrocarbures), je pèse le pour et le contre.
Le contre.
Le plaid. Celui que j’ai failli donner avant de m’apercevoir qu’il pourrait m’être utile, que j’attrape pour couvrir mes épaules devant mon ordinateur, Pour le moment, plié en deux, surface suffisante pour le thermostat de ma chaudière à condensation. Il fait toujours plus « chaud » à l’intérieur qu’à l’extérieur et le soleil automnal est mon solide allié. Ce plaid, déplié totalement lors des froids hivernaux, enveloppera l’entièreté de mon petit corps, et, ne dépasseront, que mes orteils, en une petite nique ridicule.
Le jour. Jeudi, parmi les derniers des vacances. La belle affaire ! me dira-t-on. Point de vacances à la retraite. Si, justement, j’ai décidé, dans un baroud bravache, d’adapter mon calendrier d’activités au calendrier scolaire, celui qui m’a suivie tout au long de ma carrière professionnelle. Il s’agit de ponctuer le temps qui passe désormais à une vitesse hallucinante. Hallucinante. Je m’accroche à ces ponctuations, je bulle, j’essaie, en des tentatives, quand même un brin désespérées, de retenir, encore un peu, la vilaine roue de la vie.
Le bus. Aller à Poitiers centre, lieu choisi pour le rassemblement, c’est marcher jusqu’au bout de deux rues, prendre le bus de 18 h 08, descendre et rejoindre mes camarades de conviction pour un intermède citoyen, ma foi, bien court. Puis, rentrer, certes sous le bonnet, mais de nuit. Je n’ai plus de voyages sur ma carte et dois la recharger pour circuler sur le réseau urbain.
Le pour.
En enfilant mon manteau et mon bonnet de lutte météorologique, j’ai conscience de l’insignifiance de mes contre. J’ai honte, même. La paresse, cette indolence soudain lâche, face au péril politique qui fond sur ma France. J’en ai vraiment honte. Dans un sursaut citoyen de dernière minute, je les ai balayés, ces contre qui ne valent rien face à ce danger mortel qui pourrit tout. Quand l’idéologie devient acte. Quand l’acte devient mort. J’ai fait défiler, involontairement et brièvement, dans mon urgence temporelle, la chronologie historique des Années Trente, comme dans un thriller horrifique dont j’ai appris récemment, non sans surprise, le plein renouveau, comme en un signe mental apocalyptique.
Dans le bus, bercée par le roulis familier des trépidations urbaines, je regarde la nuit tomber sur mes paysages. L’obscurité automnale avale les bâtiments, les rues, les silhouettes.
A la descente du bus, contrôle des billets. Agacée, je farfouille dans mon sac à dos pour extraire la carte, bien rangée lors du trajet. Dont acte.
Devant la superbe bâtisse municipale, couleur bonbon acidulé, en soirée, j’aperçois un petit attroupement qui ne remplit qu’à moitié la surface de la place. Quoi ? Dans la cité de presque cent mille habitants, seules les âmes militantes se sont extraites, pour un court moment, de leur vies personnelles ? J’en reste baba. Moi, qui n’ai jamais milité, qui me suis fait violence, uniquement pour faire citoyenneté, vigilance, nombre. Le dépit me gagne, le dépit et la profonde tristesse face à la banalisation de la mort injuste, cette mort, conséquence directe du lent affaissement des idées, de l’acceptation coupable des discours haineux. J’avais compris que nous étions rassemblés pour réaffirmer nos valeurs républicaines, scander notre devise. Liberté ! Égalité ! Fraternité ! Contre le racisme décomplexé, cette plaie purulente de notre société. CONTRE LE RACISME ! Ce racisme qui tue, pour de vrai.
J’écoute les discours, la lecture de la magnifique lettre du maire de Trappes. L’intervention d’un tout petit parti dont les scores électoraux nationaux tutoient le néant est particulièrement virulente, notamment dans un volontaire et scabreux raccourci entre décision municipale et situation nationale. De quoi animer les dîners poitevins en famille ou entre ami(e)s pour qui apprécie goûter cette soupe-là !
Je me souviens du 1er mai 2002, l’énorme vague humaine dans les rues, contre le nationalisme xénophobe français.
Je me souviens du 11 janvier 2015. Les millions de citoyens arpentant les rues, signal sublime d’une concorde nationale contre l’impensable.
Mais aujourd’hui, que ne se passe-t-il plus dans les esprits ?
Dans la nuit soudain noirceur, je tremble.
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4 jours
Étiqueté "blog de retraitée", opinion, Présidentielle 2027