Billets / Regard intime

Mum*

Mercredi 12 août 2026 (Jour J …).

Deuxième visionnage pour cette série britannique en trois saisons. Il ne fallait d’ailleurs pas moins de ces deux replays pour bien saisir l’ensemble des dialogues qui illustrent à merveille l’éventail complet des caractères insupportables, stupides ou insignifiants des protagonistes. Rires, incrédulité et exaspération garantis pour cette histoire des petits riens de la vie d’une femme simple, récemment abonnée au veuvage, à l’empathie voire l’indifférence absolument royale.

Deux lieux symboliques. D’abord, la petite maison de l’héroïne, mitoyenne, familiale, typiquement anglaise, à son image. Entrées et sorties permanentes des personnages qui vont, viennent, s’incrustent, comme dans un vaudeville de boulevard que Feydeau ne démentirait sans doute pas (saisons 1 et 2). Ensuite, la somptueuse maison de vacances, également typiquement anglaise, louée par la vaniteuse et odieuse belle-sœur (saison 3). Les personnages s’y égarent, s’y cachent les uns des autres, s’y enivrent et s’y disent leurs quatre vérités.

Et, quelle galerie de personnages !

Cathy. Donc, à l’aube de la soixantaine, veuve et mère de Jason. Une vie à poursuivre, aller de l’avant. Son trait de caractère principal est sans doute son extrême empathie à moins que ce ne soit de l’indifférence feinte dont elle fait preuve sans faillir face à sa petite tribu, totalement dépourvue de tact ou de la moindre petite parcelle de cervelle sociale sinon morale. Elle va progresser par touches de scènes quotidiennes sur son nouveau chemin de vie, celui qui la mènera mais pas tout à fait droit vers le renouveau amoureux et l’émancipation assumée à la fin de la saison 3. Saison 3 qui donnera au spectateur la clé de compréhension de son attitude exagérément désinvolte (de mon point de vue) face aux turpitudes familiales. La mère, clé de tous les destins enfantins. Cette discrète Cathy porte la série, tout en flou, tout en douceur maternelle et féminine.

Jason. Fils de Cathy, émule de notre « Tanguy » national (cinématographique, pas l’autre …) dépassant même son maître français. Il se balade continuellement en slip comme s’il avait encore 6 ans, se bourre de cochonneries avec sa compagne, passe un temps certain dans sa chambre, se perd dans une vie utopique australienne qu’il ne concrétisera jamais, prend sa mère pour sa bonniche consentante, bref, une tête à claques en puissance, à l’égoïsme chevillé au corps.

Kelly. Caricature de la ravissante idiote, complètement idiote, à moins que … Compagne de Jason, incrustée chez Cathy, consommant jusqu’à l’indigestion procréative (saison 3) la nourriture ultra-transformée de préférence en emballage plastifié, riant stupidement à tout bout de champ, spécialiste de la logorrhée verbale la plupart du temps insignifiante mais aussi involontairement blessante et parfois fine mouche. Encore une victime expiatoire de génitrice.

Michael. L’amoureux transi, secret et poussiéreux de Cathy, quarante ans d’attente, cela compte ! Champion de la banalité un brin agaçante, de la discrétion, de la gentillesse et du passage aux toilettes (prostate capricieuse ?). Anti-héros par excellence, pas une once de charisme mais en a-t-il besoin pour séduire la douce et effacée Cathy ?

Derek. Frère de Cathy, compagnon sans cesse humilié de l’odieuse Pauline, en adoration devant son bourreau en jupons, gaffeur mais sympathique, pas méchant pour deux sous, inculte, fauché, complice de Kelly en blagues infantiles. Personnage attachant.

Pauline, Caricature grossière du snobisme. Plaquée par un ex, riche semble-t-il, aux relations dans la haute société (dixit l’abandonnée). Ce dragon domestique dont les saillies assassines fusent sur quiconque lui adresse la parole ou pas, se prend pour qui elle n’est plus (pas ?), flirte en permanence avec le ridicule le plus complet. Derek est son punching-ball sur lequel elle tape avec toute la rage de la chute sociale, sans aucun bénéfice secondaire. La pédante aura sa petite leçon en saison 3.

Reg et Maureen. Parents du défunt. On croirait les deux vieux grincheux du « Muppet Show », mais en plus vulgaires, beaucoup plus. Ils passent leur temps à critiquer les autres, s’invectiver crûment, se goinfrer, et s’incruster chez Cathy. L’attitude de Reg va sensiblement changer quand Maureen sera hospitalisée, la tendresse affleure sous le masque grimaçant. Deux séniles télévisuels absolument délicieux !

Carol. Mère épisodique de Kelly. Pose en majesté la vulgarité crasse et la méchanceté incarnée envers sa fille. Dans la vraie vie, on appelle cela de la maltraitance psychologique, c’est puni par la loi. Quand Carol apparaît, on devient soudain plus indulgent envers la pseudo-stupidité de Kelly. On se protège comme on peut des ravages maternels.

Les personnages, pour certains cocasses, font la narration. On rit souvent, jaune parfois. On s’offusque délicieusement. On prend du très bon temps avec ses humanoïdes britanniques.

Trois saisons à inscrire au petit Panthéon (faut pas non plus pousser nos illustres dans les orties) des bonnes séries.

*Mum. Série britannique réalisée par Stefan Golaszewski. 2016. 2017. 2018.

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