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Mon Equateur à moi !

Il pleut ! Il pleut ! C’est la fête aux colonies de grenouilles !

Aujourd’hui, les trombes d’eau s’abattent violemment au sol, à un rythme impressionnant. Comme hier, et avant hier. Et, tous les autres jours aussi. Il pleut, il pleut, depuis 7 mois. Le noir nuage est calé au-dessus de la maison (Ah, chez vous aussi …). Les gouttières débordent, telles des cascades. C’est joli à regarder. Une fois …

Mon Equateur à moi ! Pas besoin de prendre un périlleux 777. Poser à côté du panneau de la mythique ligne, non pas la peine !

La saison des pluies, ma saison préférée pour explorer les territoires bordant cette utopique ligne de partage.

Je me revois, au Ngorongoro, sautant du 4×4, courant, avec mes camarades de voyage, sous une pluie torrentielle, pour rejoindre la salle de repas. Nous nous étions précipités comme des fous, croyant avoir échappé au déluge et, là, stupeur absolue ! L’immense salle aux luminaires pendant lamentablement du plafond, révélait des nuées noires, d’innombrables, d’abjects, d’immondes insectes volants de tout acabit, également réfugiés du déluge extérieur. Nous avions crié, hurlé, protesté, sans autre solution. Il fallait bien dîner. Quel dîner ! Des encapuchonnés avec les liens serrés sur les nez. Une tablée de dépités, bouches bien fermées, avec la multitude de bestioles en piqué dans la soupe, dans les verres, dans les assiettes, sur les têtes, les bras, les mains … Dantesque !

Je me souviens d’une virée dans un supermarché bolivarien, un déluge d’eau s’abattait sur la ville. Nous observions, depuis la voiture, à travers les vitres rendues opaques par le ruissellement de la masse d’eau, le furieux déferlement dans les rues. Les employés du supermarché s’échinaient, armés de longues raclettes à repousser l’eau du trottoir, devant la porte d’entrée. Nous avions alors bondi de la voiture, en tongs de touristes, sous leurs yeux médusés. Deux Européens dans cette ville paumée de fin de règne du Chavisme. Carte postale !

Je me rêve, de retour en Ouganda (ma perle précieuse personnelle), sillonnant les parcs verts de pluie, plaignant les Cobes Defassa et autres Impalas transis sous les gouttes dures. Je sirote une Nile Special sur la terrasse d’un lodge. L’averse crépusculaire intense me fait frissonner et je tente un regard sur l’extérieur, déjà plongé dans le noir tropical. Je crapahute dans l’impénétrable forêt, la capuche du vêtement de pluie sur la tête, je marche en silence et en file indienne derrière les pisteurs, dans l’égouttement des feuilles, dans ce silence, vers une destination secrète, inouïe. Et soudain, après la longue marche mouillée, l’apparition des créatures, comme un miracle, me pétrifie. Joie pure, humilité, fascination absolue. Cette animalité humaine me bouleverse.

Ce matin, j’ai tenté une sortie au jardin entre deux averses. Les fraises sont bien là, grosses, mais un peu pâles, je les compte par dizaines jonchant la terre détrempée, arrachées à leur destin vermillon par la force de l’eau. Festin des limaces et des escargots. Ah, oui, les limaces et les escargots, c’est aussi leur fête !

Pour conjurer le cruel sort météorologique, j’empoigne l’aspirateur, les éponges, savon, et autre serpillière. Mais, comme il me faut tout de même un peu de courage pour ce grand ménage rageur, j’écoute en boucle le formidable « Zombie » de Fela KUTI. Cela change tout !

Je consulte la météo avant d’aller dormir. Trombes d’eau au programme de demain. Mon Equateur à moi !

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2024-05-16

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