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« Tyrannies domestiques »

De retour en Dordogne pour une semaine dans le rôle d’une femme seule avec enfants, chats et … chien en situation de handicap moteur.

Un rôle de composition.

Du côté des deux mouflets. Les nourrir. Les transporter, à l’école, au collège, au foot, à l’équitation, au concours hippique, chez le coiffeur ( tentative avortée, le concept du sans RDV, porte en soi, ses propres limites ), au McDrive (pari perdu en mars … honoré en juin …). Surveiller l’hygiène corporelle et mentale du plus jeune, trouvé allongé sur son lit, mercredi matin sans classe, la couette remontée sous le menton et sur le visage, l’air du parfait coupable. Comme on n’apprend pas aux vieux singes à faire la grimace, la couette, prestement soulevée, révèle la DS, maintes fois confisquée, enlevée des mains du coquin. La soupière vintage, trônant en majesté sur le buffet, tiendra lieu de réceptacle du délit. Non, mais !

Du côté des chats. Les nourrir expéditivement de croquettes, ouvrir ou fermer la fenêtre pour leurs incessants déplacements, la porte ouverte, ils ne « calculent » pas. Les maudire en pleine nuit quand ils furètent sous le lit. Ce lit providentiel qui m’accueille, masse inerte, après les journées harassantes. Les maudire en plein jour quand je découvre un oiseau à terre, sauvagement tué par ces prédateurs d’opérette. Les bénir quand c’est la souris qui gît à côté de la Mini.

Du côté du chien incontinent (chienne en l’occurrence). L’affaire est délicate. Notre naufragée de la route, se déplace toujours harnachée dans son chariot. Elle semble m’adorer car elle me gratifie, obstinément et à intervalles, somme toute, très rapprochés de ses présents jaune d’or ou bien moulés. Ma fille m’assure que sa santé neuronale s’améliore car elle remue, en effet désormais, la queue. La queue ! Certes, cette queue n’est pas un drapeau ukrainien glorieusement dressé par la soldatesque exténuée mais déterminée, ni un étendard palestinien furieusement brandi par quelques étudiants turbulents, ni même un fanion du PSG vigoureusement agité par des supporters électrisés. Non ! Mais cette queue remue, j’en atteste. Je ne comprends pas encore parfaitement son langage de chien. C’est une source de malentendus, essentiellement viscéraux.

La situation médicale du chien me renvoie à mes directives anticipées. Non ! Cela, jamais !

De mon côté. Je cuisine, gratins, purées, salades, nouilles, pizzas, poissons panés (les orange avec les yeux dans les coins) et autres mets « ingurgitables » par deux rejetons aux goûts bien distincts. Je pâtisse, tarte aux pommes, brownie, crêpes « reloues » (avis tranché de l’ado …).J’aspire du poil. Long, le poil. Le Border Collie est un chien à poils longs … qui tombent. Je serpillle du jaune d’or. Je ramasse des chaussettes qui traînent, des présents bien moulés. Je balaie aussi. Je conduis, Je transporte. Je lave. J’astique. Je range. Je lessive. Je harnache le chien. Je le sors. Je le nourris. Bref, je joue à la perfection mon rôle de femme seule avec deux enfants, chats et chien et cela m’exténue.

Je m’écroule avant la nuit, terrassée de fatigue. Les couinements canins me rappellent à l’ordre dès l’aube. Je suis au bagne !

Exit la méditation quotidienne et la séance de Run-Indoor. Pas le temps. Debout, accroupie, penchée, hissée, en dérapages contrôlés, je m’agite en surveillant du coin de l’œil les aiguilles de la pendule qui tournent en accéléré et me donnent le vertige.

J’applaudis les mères célibataires, héroïnes invisibles et comprends la charge physique et mentale qui pèse sur leurs épaules. Que dire de celles, Héraclès contemporaines, qui cumulent emploi et gestion du quotidien.

Et puis, dans ce trépidant tourbillon journalier, de furtifs instants suspendus. Un émouvant éclat de tristesse dans le bleu de l’iris du garçon, qui pense à sa mère. Un si inattendu mais précieux sourire de l’ado qui dit merci. La tête du chien, posée sur mon genou, ses yeux d’or qui interrogent l’humaine.

La mission s’achève, La Mini avale les kilomètres vers le calme, le silence du « Heimat », non sans un léger pincement au cœur …

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