Anniversaire
C’est fait. Hier, la grande roue de ma vie a fait un nouveau tour. 15 mai 1963.
Je suis comblée d’avoir été fêtée par mes amies, mes fidèles collègues, ma fille, mon petit-fils. La petite-fille, non, mais elle a une excellente excuse : l’adolescence, scotchée aux écrans de tout format et vautrée sur les canapés de tout style.
A y réfléchir plus intensément, mon cerveau dessine bientôt une roue qui rétrécit inéluctablement, perdant, de sa vitalité, de son rayonnement, de sa superbe. Cette roue se déglingue, rouille, ralentit inexorablement jusqu’à son arrêt définitif dans une destinée, peut-être programmée. Je ne sais pas lire dans les lignes de la main. A cet instant, je n’en conçois pas de crainte. Je suis sereinement lucide, je vieillis.
Je vieillis dans l’insuffisance médicale. Insuffisance hypophysaire acquise rare, insuffisance surrénalienne secondaire et désormais, depuis ma dernière consultation d’endocrinologie du jour d’avant le tour de roue, une possible insuffisance rénale chronique. Je suis une patiente insuffisante ! Tout cela est assurément plus aimable que trop de suffisance (émoticône clin d’œil). Je reste stoïque et vais, au jardinet, en quête de quelque fraise déjà rougie, non de soleil, mais de temps. Dans ce jardinet, où, l’autre jour, je l’avoue et je n’en suis pas fière, j’ai assassiné deux limaces qui avaient englouti un plant de courgette. Totalement englouti. J’ai immédiatement regretté ce geste bestial et inutile. Mes convictions écologiques quant à la conservation de la biodiversité en ont pris un coup (un petit coup …).J’y pense encore et puis j’oublie. Le jardin est cruel.
Le temps est une chimère ! Adolescente, il s’étirait immanquablement dans des classes ennuyeuses, des bavardages de pipelette, des dimanches lugubres, des vacances trop longues, des amours futiles, des bouderies puériles. Je me transporte dans cette adolescence colérique et agitée et m’entends hurler à la face de ma mère (Ah, ma mère …) : « Vivement mes 18 ans ! … » Écervelée gamine !
Aujourd’hui, la roue a fait son tour et je ne m’en suis pas aperçue. J’essaie de retracer les événements de ma vie qui se sont succédés depuis mai 2023. Fin d’année scolaire, dernières vacances, retraite, nouvelle vie, nouvelles activités, séjours en famille, soirées entre amies, Noël, voyage en Corse, stages d’arts plastiques, Versailles, marches, vélo, écriture, … Une paille ! L’écervelée gamine a disparu dans les brumes de la jeunesse et le temps file sans faute vers son point de fuite.
Mes aïeux avaient donc raison : « Plus on vieillit, plus le temps passe vite.» Pour sûr !
Mais, déjà, le nouveau cycle a démarré. J’attends impatiemment le retour du franc soleil et la vivifiante chaleur de ses rayons, source pour moi, de carburant vital. Je planifie, me projette, imagine, calcule, anticipe, prépare, examine, réfléchis, philosophe … Bref, mon esprit, un instant chagrin, reprend du poil de la bête.
Oui, car entre aujourd’hui et le point de fuite terminal, il y a la vie.

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5 heures
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