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The Love Boat*

Mercredi 11 juin 2025.

Partis à l’aube ou peut-être après le goûter, les matelots d’un genre nouveau, ont pris la mer sans vagues, avec beaucoup de bruit, hissé la grand-voile, largué les amarres, portés par un idéal, proclament-ils, dépassant, et de loin, tous les actes héroïques connus jusqu’alors sur les mers et autres étendues terrestres.

Foin de cette flottille « Ulyssienne », dont le périple ne dura guère que vingt ans, vingt ans d’aventures prodigieuses sinon légendaires, que tous les écoliers se racontent en frissonnant, repensant, avec une frayeur légitime, à l’affreux cyclope. Que vaut cette odyssée mythologique à côté de nos vaillants voyageurs et voyageuses à pulls marins « Fairtrade », of course ?

Foin de l’autre voyage, en ballon celui-là. Jules Verne n’avait donc plus assez d’imagination pour son récit africain, de cinq semaines seulement. Partis de Zanzibar, Fergusson et ses acolytes, à la manière d’un Speke, explorèrent le continent de tous les fantasmes des chercheurs d’ailleurs. Lue et relue par des générations d’explorateurs en culottes courtes, longues aussi, que vaut cette « ballonnade » à côté de nos intrépides marins d’eau … salée ?

Et la Santa Maria ! porteuse d’un nom qu’on allait devoir se farcir dans nos manuels d’histoire avec sa date à savoir par cœur, pour notre vie entière, inoubliable 1492 ! Découverte du Nouveau Monde, l’Amérique, le continent de tous les possibles pour les cœurs téméraires, et les autres … Près de soixante jours de mer. Que vaut ce célèbre trois-mâts à côté du voilier de la liberté, dans une navigation dont l’issue était connue avant même son appareillage ?

Et le Titanic, quatre cheminées, dix ponts, cinquante trois mètres de haut, paquebot fleuron de l’orgueil britannique, enfin, surtout avant son départ, quittant Southampton, pour toujours, en direction de l’inatteignable New-York. Un iceberg avait croisé son flanc … Que vaut cette tragédie maritime à côté de celle de ces infortunés skippers, stoppés tout net dans un certain élan de bravoure à la détermination contrariée aussi bien que parfaitement calculée, à la une de tous les médias, comme une mini-série à l’affiche européenne que l’on espère sans saison 2.

Le voilier cabote sur une mer d’huile, un enfant de l’enclave meurt dans un éboulement de béton.

L’une s’enflamme, en direct du pont, une femme palestinienne se penche sur son enfant mort.

L’autre tend la main au micro, en direct de Roissy, un homme, déjà vieux, court vers le pain, une main, veinée de faim, tendue.

Les 12 activistes s’activent, tels les apôtres d’une nouvelle religion non messianique mais médiatique. L’étroite bande, pourtant au bord de la mer, souffrait hier, souffre aujourd’hui et souffrira demain.

Certains ont déjà fait leur petit tour et sont repartis, les autres, bravent l’ogre, assez inoffensif pour cette fois, dans un dernier baroud retransmis sur toutes les chaînes, ils sont là pour cela après tout. Hors de question de gâcher de la pellicule.

C’est vrai que remonter le Nil Bleu jusqu’à Djouba, ça fait vraiment peur …

C’est vrai que continuer sur le Nil Blanc jusqu‘à Goma, c’est terriblement imprudent …

C’est vrai qu’emprunter le Dniepr jusqu’à Kiev, c’est carrément suicidaire …

Manifestations ! Ah ! Ça ira ça ira, ça ira … ! Quoi, les héros modernes sont empêchés ??? Vite ! Du vert ! Du rouge ! Du noir ! Du blanc !

Vert sans espoir. Rouge sang. Noir nuit. Blanc linceul.

The Love Boat*, série américaine, 1977

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