Billets

Pestilences

L’air, d’été inespéré et tardif, léger, fluide, floral, doux, oxygéné, vaporeux, se charge insidieusement d’exhalaisons, d’abord imperceptibles puis franchement insistantes. Des relents, portés par flux de brise, caractéristiques de la pestilence chatouillent mes narines écœurées. Pourtant, les portes-fenêtres, grandes ouvertes sur le jardinet, appellent les suaves parfums des floraisons qui parsèment le sol. Ces relents nauséabonds envahissent le salon, flottent au-dessus de ma tête, me donnent la nausée. La nausée. Cette nausée n’est pas stomacale. Elle est intellectuelle, émotionnelle, philosophique et politique.

Je constate que cette effluve désormais insupportable flotte non seulement au-dessus de mon espace intime mais également sur mon pays tout entier. Je le sais car le flot continu d’informations en ligne qui se déverse dans mon entendement, charrie, à sa suite, une puanteur nouvelle, ou bien alors précédemment assez bien dissimulée au nez de toute une société ébahie, naïve, désarmée.

J’attrape un flacon d’huile essentielle de lavande, je prépare rapidement une diffusion de défense. Cette odeur de vacances, de sud, de Provence de carte postale, réconforte mon cerveau chamboulé, mon odorat outré. Cependant, traîtreusement, perfidement, sournoisement, lâchement, les particules flottantes de l’odieux fumet couvrent inéluctablement le doux et impuissant parfum d’été.

Je suis sur ma page d’écriture, avec en toile de fond sonore, les chants nazis d’un documentaire sur la nuit des longs couteaux. J’entends la voix haineuse d’Adolphe qui harangue son peuple, les hurlements fanatiques de la foule, hypnotisée, sourde et aveugle. Je frémis. Je frissonne. C’était il y a si longtemps … Si longtemps ? Vraiment ?

Mais d’où vient cette puanteur qui envahit ma France ?

Est-ce l’encre empoisonnée d’une hideuse missive dont les gouttelettes corrompues, noir mauvais, altèrent l’air ambiant ?

Est-ce la salive ouvertement raciste de candidats imbéciles ou de citoyens à la haine décomplexée dont le liquide fétide, comme un fumier misérable, emplit notre oxygène ?

Est-ce la sueur aigre de fragiles démocrates ou binationaux apeurés, compressés sous le rouleau de la xénophobie érigée en programme politique, dont les fluides suris gagnent le contingent de pourriture en suspension ?

Est-ce le sang, inconcevablement versé, de colleurs d’affiches, d’élus de la République, rageusement violentés, dont les les filets rouges devenus putrides nous collent à la peau ?

Est-ce le souffle furieux de menaces non voilées, d’intimidations abjectes, dont la puissance dangereuse enveloppe, telle une fumée âcre, mon corps défendant ?

Je suffoque. Le nuage malodorant tel un Tchernobyl politique, recouvre tout. L’infection est sérieuse. On respire de plus en plus mal sous le ciel bleu, ponctué de légers coussins; blanc parfait.

De l’air pur ! De l’air pur !

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