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Passion estivale

J’aurais pu blablater sur le 1er septembre 2024, date anniversaire de ma radiation des cadres. Un an déjà ! Et m’étendre sur l’insoluble équation du temps. Le temps est-il vraiment linéaire ? Personnellement, je m’interroge sur cette linéarité graduée par l’homme car je ne me souviens absolument pas de cette durée étirée entre deux dates. Une durée est-elle du temps passé ? Pourtant, je me souviens parfaitement des événements qui l’ont ponctuée … Voyage, WE, randos, soirées, bières amicales, gardiennage de chien paralysé, Mini sur les routes, famille, écriture, sport, rencontres, littérature, CHU, bénévolat, …

Je pourrais tenter une opinion sur la formation du gouvernement Barnier mais, est-ce bien raisonnable voire nécessaire ?

Je pourrais pleurer sur le monde dans une litanie ininterrompue d’horreurs qui semblent parfois si terriblement et honteusement banales ou inéluctables à travers le prisme déformant de l’écran 17 pouces.

Disserter sur la fin de l’été au jardinet urbain, les dernières floraisons colorées, éclatantes de vitalité, les exquises fructifications, préparées, patiemment attendues.

Foin de tout cela ! Foin ! Foin !

Je ne pense qu’à elle. Elle, elle, elle ! Je l’attends. Impatiente. Fébrile. Je ne pense qu’à elle.

Au début, pourtant, elle me paraissait si futile et ridicule. Je n’avais d’ailleurs pas prêté attention à sa survenue. Toujours à l’école, au bureau, la tête dans le guidon de la cité éducative, j’étais à cent lieues d’imaginer cette folle toquade. Distraite et distante, je n’avais d’ailleurs pas compris la signification de son corps, de son costume. Idiote que j’étais.

Cet inattendu « crush » (oui, j’ai passé l’âge de ce vocabulaire … ou pas d’ailleurs !) quasi romanesque, a débuté au cours de l’été. D’abord incrédule, je l’apercevais de loin en loin. On ne peut l’ignorer, même dans une foule compacte car elle attire immanquablement l’œil. Au fil des jours, l’attention a grandi, grandi, s’est vite transformée en joie de la retrouver, de la suivre dans ses déplacements, ses danses, ses accolades, ses selfies, ses glissades, ses jeux d’enfants, ses chutes même. Puis, ses yeux naïfs, ses cils patriotiques, sa bouche joyeuse, ses baskets, son allure dandinante mais décidée, sa vive couleur de robe, tout m’a ensorcelée. Inutile de résister, j’étais conquise, comme subjuguée, « in love » pour elle. Qui résisterait à un tel attrait ? Dans cet été enfui, flamboyant, elle représentait tant de joie, de partage, d’universalité, de sportivité, d’inclusion.

Je lorgnais, dans les poussettes échappant momentanément à la surveillance parentale, sur les plages arrière de véhicules imprudemment stationnés, dans les bars ouverts à tous vents, les jardins sans murs. Je n’allais tout de même pas sombrer dans la délinquance pour me l’accaparer !

Non ! Il fallait agir, en quelques clics définitifs, pour qu’elle me rejoigne. Et je compte désormais les jours qui me séparent de son arrivée.

Vais-je la contempler comme un sportif son trophée ?

Vais-je la prendre dans mes bras comme un jeune enfant son doudou ?

Vais-je finalement m’en lasser comme une femme de son vieil amant ?

Je lui cherche déjà sa place dans la maison. Dans la chambre pour des nuits douces ? Au salon pour des journées nostalgiques ? Dans le fauteuil en rotin où trône déjà un gigantesque lapin ? Sur mon siège passager pour des voyages festifs ? Sur mon épaule, en étendard ?

Je l’attends. Je t’attends. Phryge !

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2024-09-05

Retours

2024-09-20

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