La promesse
Jeudi 5 févier 2026.
A travers la fenêtre de la cuisine, je vois les larmes de pluie s’accrocher aux minuscules ellipses à sommets pointus. Minuscules mais prometteuses petites pointes, vert tendre, annonciatrices de renouveau, de vie qui va éclater en ombrelles à insectes sur les rameaux en arc. Ça piaille dans le troène taillé en trogne. La trogne, moins d’envergure, plus de supports à plantes potagères. Ses feuilles persistantes abritent la petite faune à plumes des environs. Tout l’hiver les rouges-gorges me font de l’œil, posés effrontément sur les panneaux en aluminium qui font office de clôture, côté rue. Je les observe aussi dans le jardinet urbain, voler en piqué après les averses ou l’approvisionnement du compost. Pies, merles et autres moineaux ne sont pas en reste. Je souris.
Plus tard, accroupie à ras terre, je respire profondément, je suis concentrée sur le vert devant mon nez. Les brochettes végétales de ciboulette, bien droites, se dressent au garde-à-vous. Les tiges de chèvrefeuille et de forsythia, cassées tout de go puis replantées, sans plus de précaution, le long du grillage, ont survécu à la manipulation. L’ortie bienfaisante est en pleine forme. C’est le tout début de quelque chose de grandiose.
Du côté du jardinet, déception, la demi-noix est intacte, la cage à rongeurs est vide depuis un moment. Seule, une musaraigne s’était malencontreusement aventurée dans le piège. Retour illico au compost Madame la mangeuse d’insectes. Je mens par culpabilité. Certes il y eut un premier retour au compost mais la têtue avait réitéré son exploit. J’avais oublié de vérifier le piège pendant plusieurs jours et, effroi, je l’avais retrouvée raide crevée, les pattes en l’air et la gueule ouverte en signe d’ultime protestation. J’ai versé une larme invisible en guise de funérailles et ai laissé choir le cadavre à fourrure dans … le compost. J’ai recouvert le tombeau improvisé de feuilles automnales en décomposition, elles aussi. J’ai voulu en savoir plus sur le mode de vie de l’imprudente et ai découvert que ces petits mammifères insectivores, stressés par nature, pouvaient mourir de peur. Dont acte.
J’attends le jaune, premier signe d’envie de pousser, de verdir, de fleurir. Je tiens à ce forsythia, dernier témoin survivant du jardin parental de mon enfance. Il égaie le salon, à travers la porte-fenêtre, de son soleil particulier aux éclats d’or.
Mes citrus, peut-être trop récemment replantés en pleine terre, ont vraiment souffert du froid hivernal de décembre. Les feuilles sont toutes tombées, les tiges font sérieusement la tête, certaines, brunies de gel, mais j’attends patiemment pour savoir ce qui reste à sauver du naufrage citrique. Pépins semés en 2019. « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage ». Je me prosterne devant Pan dans l’espoir du miracle de la sève.
Tous les végétaux se préparent pour les grands jours du calendrier, poiriers et pommiers colonnaires ont désormais le tronc vigoureux, de gros bourgeons à feuilles émergent du bois encore endormi et nu. Clic ! Clic ! Deux nouvelles minuscules ellipses du seringa dans la boîte à mémoire. On y est presque.
En janvier, j’ai réalisé des expériences Taille drastique du pied de vigne qui tanguait trop sur son arche lors des coups de vents. Je vais tenter le cordon latéral. Déplacement de deux rosiers, précieux présents de parents. Ils semblent s’être acclimatés à leur nouvel emplacement, feuilles et tiges pointent hardiment, première étape du désir de roses.
Hier, j’ai fait les premiers semis qui trônent au salon. Tomates et compagnie pour un été juteux et gourmand. Dieu Pan, exauce-moi !
Je t’attends fébrilement, printemps !

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7 jours
Tagged"blog de retraitée", "Choses vues 1847-1848", littérature, opinion, Victor HUGO