Billets

La chute

Jeudi 26 mars 2026.

Il ne s’agit pas de chutes de drones, ni de chute du score de Poitiers Collectif au second tour des élections municipales, ni même de chute éventuelle des prix du pétrole, fluctuant au gré de la prose fantaisiste de l’affreux Toto à la mèche tintinesque et au teint orange, carottes cuites.

Non ! Il s’agit de ma propre chute, inattendue, stupide et très douloureuse.

Mercredi matin, permanence d’écrivaine publique. Je stationne la Mini, comme à l’accoutumée, sur le petit parking jouxtant le marché de la Place Coïmbra, un incontournable poitevin. Le temps s’est mis au froid et j’ai enfilé un manteau chaud. J’aurais dû penser aux gants mais comment prédire son avenir proche ? Peu de monde, une bise du nord accompagne la chute des températures, les températures aussi, chutent. Soudain, par je ne sais quel mauvais sort, un de mes pieds trébuche ou bien s’entremêle avec son voisin, aucun souvenir précis, et je me retrouve affalée de tout mon long sur le côté gauche. Heureusement, ou malheureusement, je ne portais mes lunettes percées, qui auraient, c’est sûr, quitté illico mon nez en une ellipse fatale aux verres quasi neufs.

Pendant une fraction de seconde, mon cerveau analyse la situation puis le sol caillouteux parvient à ma conscience. D’abord immobile, qu’en est-il de mon col du fémur au T score égal -2,5 ? Je reprends mes esprits et me pose sur mon séant puis me relève prestement. Ma main gauche est écorchée, ma droite ruinée, mon corps, côté gauche, meurtri. J’ai un mal de chien aux doigts qui ont tapé violemment au sol, d’ailleurs, un bleu en forme de petit rond est apparu ensuite au bout de mon index.

Je me rends compte, de plus en plus, de l’imprévisibilité absolue de la vie avec ses bascules, parfois instantanées. Hier matin, la zone était heureusement piétonne. Je tamponne ma main ensanglantée tout en rejoignant, clopin-clopant et encore sonnée, le bureau.

Après le clopin-clopant, la matinée s’étire, cahin-caha.

En fin d’après-midi, les choses se gâtent, ma main gauche est très douloureuse et a perdu sa mobilité. Je ne peux même plus ouvrir un fichu robinet. J’espère qu’il n’y a pas de fracture car vendredi, je prends le train pour rejoindre ma descendance directe, périgourdine d’adoption, et le départ au Maroc se profile lentement à l’horizon du calendrier. Quelle déveine ! Ma décision est prise, j’irai aux urgences demain matin si ma situation ne s’améliore pas.

Après le réveil très matinal et ma mésaventure, je vais me coucher de bonne heure. Prendre Paraphryge dans mes bras me console un peu. Je cherche la bonne position, c’est compliqué.

Au réveil ce jeudi matin, la main gauche va mieux. Rouge, gonflée mais moins douloureuse et plus mobile. Par contre, j’ai mal aux bras, instinctivement érigés en pare-chute la veille. Contrariée, je me demande si je pourrai peindre cet après-midi. Pour ajouter du négatif au négatif, il fait toujours aussi froid. Mauvaise passe ! Je dois faire ma valise mais j’ai le moral en mode vague à l’âme et je traînasse donc lamentablement toute la matinée.

Heureusement, pendant que je fignole mon capriccio au cours de peinture de l’après-midi, j’oublie largement mes misères et me concentre sur les mélanges de couleur, la recherche de la bonne teinte, l’application précise du pinceau. Ce cours de peinture est un vrai temps feutré de bien-être, quasi méditatif.

Mon retour à la maison est chagrin car la valise est toujours ouverte, vide. Encore une nuit de sommeil pour me requinquer davantage et être plus en forme pour le départ.

Demain est un autre jour.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Dialogue

2026-03-24

En savoir plus sur Radiée des cadres, et après ?

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture