Billets / Grains de sel

Maroc*

Mercredi 23 septembre 2026.

Après mon voyage au Maroc, j’avais envie d’en savoir plus sur le royaume chérifien.

Dont acte.

Volume choisi au hasard mais pas que. Publié en 2026, gage (?) d’une vision ultra contemporaine du pays. Quant à l’auteur, inconnu à mon bataillon livresque car, jusqu’à aujourd’hui, je lisais essentiellement des romans excepté pour le « cas » rwandais.

On remonte, dans l’essai, le fil historique, politique, social et économique, de la Monarchie, depuis le retour au pouvoir de Mohammed V, en 1955, alors que le premier chapitre du livre s’ouvre sur la visite officielle du couple présidentiel français du 28 octobre 2024, comme un gentillet pied de nez à la France, dans une relation ancienne et complexe par essence.

Le verbe d’Abdelmalek Alaoui est retenu voire policé. Fruit d’une focalisation externe pour le moins neutre sinon neutralisée. Exemple,

« … Le Rif bouillonne (révolte du Rif, 1958-1959) … La réponse du pouvoir est ferme … La toute jeune armée nationale, les Forces armées royales (FAR), créée en 1956, mène une campagne sévère … La réponse militaire, coordonnée par le futur Hassan II, installe un précédent : le recours à la force comme ultime garant de l’ordre … »

Bombardements (pilotes français !), destructions, emprisonnements massifs, tortures, viols, milliers de morts, constituent le « ferme » et le « sévère ».

Le parti pris s’explique fort simplement. Je découvre assez stupidement et finalement très logiquement (à cet instant, je ris de moi-même) que le père de l’auteur était un très proche d’Hassan II, quant à sa mère, elle n’est autre qu’ambassadrice itinérante de Mohamed VI. Ceci expliquant cela.

Autre exemple, donc,

«  En parallèle, l’État choisit de reprendre la main sur la communication, afin de façonner un discours officiel en phase avec la « réussite marocaine » mise en avant par le Palais. L’exemple le plus marquant réside dans la privatisation du Petit Marocain et de la Vigie marocaine, deux journaux jusque-là détenus par Yves Mas, un entrepreneur français. Les titres sont fusionnés et confiés à Moulay Ahmed Alaoui, proche de Hassan II, pour donner naissance au groupe Maroc Soir… »

« Coucou Papa ! ». La famille, comme son nom l’indique appartient à la lignée royale. Bref, je ne vais tout de même pas reprocher à Monsieur Alaoui de ne pas être orphelin ! Je passe donc au principal annoncé, des connaissances factuelles, descriptives et très fouillées qui éludent ou édulcorent, et c’est dans ce cas logique, la face, parfois sombre, de la dynastie alaouite. Il faudra chercher ailleurs cette face de la pièce.

De Mohammed V, auto-proclamé « roi du Maroc » en 1957, en lieu et place de sultan, geste hautement symbolique du nouvel « État-nation » chérifien, à Mohammed VI, la « marocanisation » globale du royaume est clairement exposée. Conquête de l’autonomie face à la France. Affaire Ben Barka. Fragile construction de la cohésion sociale dont les accès de fièvre sont durement réprimés. Endettement international qui grève les réussites économiques. Méthode « Basri ». Inéluctable évolution vers plus de pluralisme politique. Brûlant dossier du Sahara occidental. Cruciale réforme de la Moudawana. Personnalités royales et gouvernementales. Relations hautement complexes avec le voisin algérien. Place dans le cercle des nations. Islamisme politique. Exode rural. Jeunesse en manque de repères et d’avenir. C’est une narration chronologique et « exhaustive » des réussites et faiblesses structurelles des politiques économiques conduites depuis l’indépendance.

Je poursuis ma lecture pendant qu’un jeune dessinateur marocain est jugé pour avoir caricaturé le roi, souverain richissime, qui passe beaucoup (trop) de temps hors de son royaume dans ses villégiatures françaises notamment. On ne plaisante vraiment pas avec cette face de la pièce …

Le dernier chapitre est consacré au point de vue économique personnel et feutré de Monsieur Alaoui, vision d’économiste donnant ses propres clés pour faire face aux défis majeurs qui grèvent un futur réussi du Maroc.

Par ailleurs, les élections législatives marocaines se déroulent aujourd’hui même. Dans notre presse nationale, les fractures sociales et politiques sont mises en avant, confortant le propos de l’auteur.

Pour conclure mon grain de sel du jour, je fais défiler dans ma mémoire les images de mon récent voyage. Dommage ! J’aurais dû lire cet opus avant mon départ pour mieux appréhender le pays.

*Maroc, de Abdelmalek Alaoui. Édition le cherche midi. 2026.

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