Ma Fièvre Du Samedi Soir !
Dimanche 19 juillet 2026.
Je suis devant mon écran d’ordinateur, Arte diffuse « La Fièvre du samedi soir »* et je ne peux résister, non pas à cette fièvre bien que devenue culte, mais à l’époque. L’époque ! Mes années 80 ! J’y pense aujourd’hui, sans doute les années les plus insouciantes de ma vie. Mes parents imparfaits étaient toujours vivants. L’enfant unique n’avait pas encore paru. Mon hypophyse ne s’était pas non plus fait la malle. Ma peau était lisse et mes joues rebondies. J’ignorais ce que serait ma vie professionnelle. J’étudiais au lycée Camille Guérin, meilleur endroit pour apprendre et … croquer la vie, les garçons.
1981, l’année du bac et des sorties en club. Pour chaque période de ma jeune vie, un club particulier. Je n’avais pas encore soufflé les bougies de l’émancipation légale lors des si fameuses élections présidentielles dont le soufflé historique devait retomber avec pertes, fracas, et déception. J’avais déjà renoncé au papillonnage, tombée raide dingue amoureuse du prince, pas totalement charmant, à sa décharge, j’étais une insupportable tête à claques ! Nous avions donc foncé, têtes baissées, droit dans le mur des certitudes amoureuses, dans l’éblouissement aveuglant de la jeunesse.
Et puis, il y avait nos fièvres du samedi soir qui se préparaient selon un rituel auquel je ne dérogeais surtout pas.
La soirée commençait immanquablement, d’abord dans la salle de bain parentale, puis, plus tard de concubinage, devant le miroir, (mon beau miroir, dis-moi …), par une séance de maquillage, appliqué avec minutie et surtout main lourde, sur les yeux, les joues, les lèvres. J’enfilais le masque de la séduction, pour la longue soirée sous les stroboscopes et j’anticipais mentalement mon rôle de reine de cette nuit, pour mon roi.
Je choisissais, ensuite, ma tenue, mes escarpins, qui, au petit matin, finiraient par me faire un mal de chien aux orteils mais qu’importe, dans l’effervescence et l’excitation du rituel hebdomadaire, je ne sentais rien. Rien non plus sur la piste de danse. La douleur, la fatigue, le froid, ce serait pour les petits matins givrés ou les retours ensommeillés.
J’ai conservé, quasi religieusement, une relique de cette époque, une combinaison pantalon à « froufrous »**, pièce iconique de ma vie de clubbeuse, taille 34.
Épaules nues dans la voiture, l’hiver ne mordait pas, relégué dans le champ arrière de ma conscience, occupée à babiller futilement à côté de mon chauffeur exclusif.
Je me souviens soudain que mon prince venait me chercher avec la Renault 4 blanche que sa mère lui prêtait pour sortir. Je m’en souviens soudain si bien, et j’éclate de rire, le rire de l’indulgence, de la nostalgie pure. La Renault 4 des escapades amoureuses ! Les images oubliées se bousculent au portillon de mon cerveau ému.
J’ai toujours les Bee Gees en toile de fond auditive. Je replonge dans ma jeunesse comme avec la délectation du bain dans la chaleur étouffante de l’été.
Nous avions un club préféré, le 18 25, à moins que ce ne soit le 18/25 ou encore le 18-25, j’ai oublié. Une immense salle en contrebas d’une rangée de tables, avec le bar sur la gauche en entrant. La piste ressemblait en tous points à celle du film et je me revois encore, en cette mémoire si étrangement vivace, regarder mes pieds glisser sur la lumière.
Notre rituel alcoolique était le gin fizz et je repasse aussi ma langue sur les grains de sucre au goût citron amer, collés sur le bord du verre.
J’adorais danser dans des chorégraphies de midinette absolument ridicules, tout comme dans « La Fièvre … », oui, j’adorais. J’avais mes titres de prédilection, ceux qui vous font bondir de votre siège et vous donnent instantanément envie de vous trémousser sur la piste.
J’aime toujours autant cette playlist non exhaustive bien qu’elle se soit largement étoffée dans les années 90, ses mélodies, ses rythmes dansants et sensuels qui invitent invariablement au mouvement, des madeleines dans lesquelles je croque avec délice. Des délices qui picotent le coeur, le font gonfler et palpiter. Le serrent aussi.
* « La Fièvre du samedi soir », film de John BADHAM. États-Unis, 1977.
** Photo d’article.

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