L’enfant de la haute mer*
Vendredi 20 février 2026.
Huit contes à ne pas mettre entre les mains de petits enfants sages, quoique Perrault, en son temps, écrivait bien cruel en version originale, son très vieux loup ne faisant pas de quartier au Chaperon d’un rouge bien chaud sous le croc …
D’abord désarçonnée par ma lecture, je ne m’attendais pas à croiser la mort, la douleur, aux détours de ces contes, semblant dans leur table des matières, si anodins. J’ai fini par entrer dans les histoires, souvent étranges, parfois cruelles ou bien absurdes mais toujours poétiques.
Qui n’a jamais appris un poème de Supervielle ? Je replonge, par exemple dans « Mathématiques », ou « Le petit bois », et me revois scandant les vers, écolière appliquée à faire plaisir à sa maîtresse.
Qui n’a jamais fait apprendre à ses élèves un poème de Supervielle ? Je pense à « Plein ciel », que je prends plaisir à relire, aujourd’hui.
On débute le livre par le premier conte, « L’enfant de la haute mer », repris en titre de l’opus. Conte étrange, dont j’ai compris l’objet, à sa fin. Mais pourquoi devrais-je absolument et rationnellement chercher à expliquer l’intention du poète ?
« … Marins qui rêvez en haute mer, les coudes appuyés sur la lisse, craignez de penser longtemps dans le noir de la nuit à un visage aimé … ».
Le deuxième conte, « Le bœuf et l’âne de la crèche », que j’ai lu sans la ferveur de la foi que je ne possède pas, m’a d’abord semblé rébarbatif. Puis, j’ai volontairement gommé l’aspect chrétien du récit pour m’intéresser à l’anthropomorphisme des deux animaux, l’âne avide de lumière (divine ?), le bœuf humble jusque dans la mort.
« … Le bœuf le comprend et ne voulant pas gêner les partants dans leurs préparatifs, il feint de tomber dans un profond sommeil … ».
A ce moment de ma lecture, j’ai dû totalement me résoudre à me laisser porter par la musique du poète, l’étrangeté de la narration, la cruauté des rencontres, l’apparente absurdité des situations, l’omniprésence de la mort.
« … Je croyais qu’on restait au fond du fleuve, mais voilà que je remonte … », in « L’inconnue de la Seine ».
« … On consolait les nouveaux qui ne savaient encore quoi faire de leur ombre … », in « Les boiteux du ciel ».
« … Une force étrangère, lente et cruelle s’emparait de lui … », in « Rani ».
« … Dès l’enfance, elle avait compris, à une sorte d’intrigue autour d’elle, qu’on lui cachait quelque chose … », in « La jeune fille à la voix de violon ».
« … Dans la rue, il se retrouva complètement homme … », in « Les suites d’une course ».
« … Il ne reste plus dans la pièce que Juan Pecho, le rasoir et le Turc … », in « La piste et la mare ».
J’ai refermé le livre, comme on se quitte, parfois, sur un malentendu …
*L’enfant de la haute mer, de Jules Supervielle. Collection Folio, édition 1996.

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