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La gifle

Lundi 26 mai 2025.

Je me souviens parfaitement de l’unique gifle maternelle donnée à ma fille lorsqu’elle était collégienne. Nous étions en voiture, sur la voie « rapide » longeant son collège, à l’époque réputé. Non pas que ma fille fut issue du « gratin citadin » bien que particulièrement gratinée, mais ma mère habitait le secteur de cet établissement et par pure nostalgie de ma propre scolarité en ce mythique haut lieu poitevin, je tenais absolument à ce que ma descendance y soit inscrite. L’enfant terrible, jugée très mûre par l’Institution scolaire, n’avait pas fait de CP, elle était en Troisième au moment du fâcheux écart parental, niveau dans lequel elle était censée exceller au regard de son parcours scolaire antérieur … J’étais au volant, ma fille, à la place du mort. Elle m’annonça soudain un 9/20 en math en ricanant insolemment. Ma main s’était instantanément détachée du volant pour atterrir en une fraction de seconde sur sa joue prépubère. « Même pas mal ! » m’avait rétorqué l’effrontée gamine. Je me rappelle m’être lancée, énervée, dans une dissertation pédagogique (déformation professionnelle), sans doute peu convaincante, sur les vertus du travail, de l’application, de « l’apprendre par cœur » et surtout du respect dû aux géniteurs courageux ou laborieux, selon le point de vue. Mon discours ne semblait guère intéresser la demoiselle dont j’avais furieusement envie de faire disparaître le rictus moqueur encore accroché au coin de ses lèvres.

Je me souviens encore de la seule gifle paternelle reçue tel un dommage collatéral inouï, mon père voulant gifler mon insupportable sœur, qui avait, dans une manœuvre d’évitement sournoise, brusquement baissé la tête à l’approche de la main indécise, trop molle et lente, main qui avait fini son trajet pseudo punitif sur la joue de mon visage, je manquais singulièrement, en cet instant tragi-comique, d’agilité dans l’esquive, ma futée cadette me surpassant sur ce point. Si la claque était molle et le père désolé, l’affront et l’humiliation subis, contre le mur de la cuisine familiale, avaient fait leur œuvre pour toute une vie d’enfant.

Je me souviens toujours d’une collègue m’appelant via l’Autocom d’une voix désespérée, m’annonçant avoir giflé, dans les sanitaires maternels, un GS, il est vrai totalement ingérable. J’avais accouru, dépitée mais avec la figure de la compréhension, enjoignant ma collègue à affronter immédiatement les conséquences potentiellement très désagréables de l’acte interdit, l’élève en question continuant à courir dans les locaux tout en tirant la langue à qui voulait bien la regarder. La hiérarchie informée dans la foulée, pour une si rare fois, s’était montrée indulgente, la mère, quant à elle, comme à son habitude, lorsque je la convoquais régulièrement pour l’informer des derniers exploits de son rejeton, en appelait au Dieu de sa religion monothéiste. L’incident avait trouvé son épilogue dans mon bureau, l’enseignante présentant ses plates sinon sincères excuses à Madame pour son geste malheureux. L’écolier avait poursuivi sa scolarité jusqu’au CM2, n’omettant jamais, et cela avec une constance rare, de pousser à bout ses petits camarades et les infortuné(e)s collègues qui ne pouvaient échapper au satané nom inscrit, noir sur blanc, sur les listes des répartitions pédagogiques de fin d’année scolaire.

Je me souviens même de la gifle médiatique assénée en direct par un BAYROU furieux. Le plus incroyable dans cette histoire de baffe n’étant pas, selon mon point de vue, le geste maladroit mais l’audace du garnement faisant les poches d’un candidat à une Présidentielle. Le chenapan entamait en fanfare sa mauvaise pente, très mal terminée, semble-t-il …

La gifle, ma gifle, sa gifle … Les gifles. Pas matière, en somme, à en faire tout un plat, tout un fromage, des tartines ou même des tonnes …

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