Réitération
30 octobre 2024.
Non, il ne s’agit pas de « Retour à Howards End », mais de celui dans la forêt de Loches qui nous avait tant émerveillées, l’an dernier, par ses fantastiques couleurs automnales, sous le pâle mais réjouissant soleil de novembre, et aussi par son festival coloré de champignons.
Nous chargeons, de bon matin, le coupé, toujours rouge riche, un peu sale tout de même, et nous roulons, le cœur léger, vers le merveilleux attendu. La route s’étire vers notre but, le ruban de goudron est avalé sous les roues. Nous tiquons. C’est étrangement vert autour de nous. Nous suivons du regard les feuillus qui glissent de part et d’autre de l’habitacle. Verts. Hum ! De soleil, point. Le bulletin météorologique annonçait pourtant l’astre aimé et de douces températures, joies des randonneuses. Nous stationnons, sautons dans nos chaussures de rando, Corinne planifie un nouveau parcours de marche, et hop, c’est parti. Nous sourions car dans un sac à dos, attend patiemment une fillette de Bordeaux (on s’indigne rétrospectivement du machisme viticole). Nous allons immédiatement constater combien il est hasardeux de s’attendre à revivre des sensations et des émotions à l’identique de celles déjà vécues. Nous pénétrons dans une travée forestière. Le ciel est bas, brumeux. Nous pataugeons dans la bouillasse des pluies précédentes. Nous tentons les talus. Ma chaussure droite s’enfonce dans la boue jaune en faisant « Schiiiillllps », pas mieux pour la gauche. Mes pieds se mouillent, nullement enfoncés dans le sable à attendre la vague mais bien réellement plantés dans la gadoue à attendre du mieux. Autour de nous, des coupes rases, laides, tristes. On ne s’est pourtant pas inscrites à un stage survivaliste ! Ce jour est cruel pour les midinettes qui espéraient leur cœur vibrant. C’est l’instant philosophique, nous devisons sur le bien, le moins bien, la promesse, la déception, la nécessaire balance des expériences, … Autour de nous, du vert, du vert, des touches de jaune jaunâtre, on visualise bien la balance …
Puis, parce que des troncs coupés nous attendent, nous posons les sacs, sortons les verres en verre, ouvrons la fillette, et trinquons en nous marrant. Gouleyant et revigorant ce vermillon !
Nous poursuivons notre parcours, sans étincelles, sans éclat vespéral, sans rencontre animalière, sans chaleur solaire. La météorologie, science désormais hautement imprévisible, nous agace profondément.
Une surprise m’attend de retour à la voiture. Corinne annonce 17,34 km de marche. Mon record personnel. Et soudain, tout s’éclaire, se transforme, se magnifie subtilement. Je jubile ! La balance …
Route, hôtel, thé chaud, vautrés sur les lits, nos pieds savourent l’instant libérateur. Et, comme si tout cela ne suffisait pas à ma joie, nous irons au restaurant à pied : 1,7 km aller. Véridique (expression paternelle soudain remémorée) !
31 octobre 2024
On aime ça, on y retourne ! Parcours 2, connu, plus agréable, sans bouillasse ni enlisement. Sans soleil non plus. Nous arpentons les allées en révisant notre Allemand scolaire avec Herr und Frau Neumann. Berlin, attends-nous !
– Guten Tag !
– Der Hund bellt.
– Wo ist die Katze ?
– Die Katze ist in der Küche.
– …
C’est laborieux mais nous avons une excuse, l’Allemand, c’n’est pas fastoche ! En attendant de rafraîchir notre mémoire linguistique, nous avons planifié une prochaine escapade à … Bruxelles, la Belge, non germanique …
Étang, tronc, sac à dos, pique-nique, fillette n°2. Rando provisoirement en pause. Rires. Selfies.
Et puis, les pieds-de-mouton nous appellent. La cueillette est fructueuse. Encore un instant philo avec comme sujet de babillage la quête, la possession, le plaisir. Il s’en dit des choses dans cette forêt …
1er novembre 2024
Retour au « Heimat ». Choc ! Fusillade nocturne aux Couronneries ! Rixe impliquant une soixantaine de jeunes. Ado de 15 ans en état de mort cérébrale avec une balle dans la tête. Les Couronneries, trois groupes scolaires dont celui que j’ai dirigé pendant plus vingt ans avec une équipe pédagogique sur le front permanent de la transmission des savoirs dans des conditions d’exercice parfois très difficiles. Je sais que je connais une partie des jeunes impliqués. L’impuissance pédagogique et éducative, comme définitive, m’oppresse et me donne envie de pleurer.
Je me prends la balance des expériences en pleine gueule et ça fait mal.

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