Jour J
6 juin 1944. D-Day. Jour J. Le sauvetage de la France vaincue, occupée, meurtrie, mais aussi odieuse, crasse, mesquine, vendue, et encore glorieuse, résistante, fière, débutait sur les plages normandes.
On a tous des « Jour J » jaillissant de nos tiroirs mémoriels, bien classés dans nos circonvolutions cérébrales. On les croit souvent disparus, ils ressurgissent, telle la petite pâtisserie, à la faveur d’un bruit, d’une odeur, d’un livre, d’un film, d’une pensée nostalgique survolant le passé intime. Des pépites.
Jour J de départ en vacances. Assise à l’arrière de la 504 Peugeot, j’écoute « la valise RTL » et je fulmine contre mon père qui fume sa gauloise au volant. Direction Oléron, l’île des parenthèses heureuses. Des maillots rayés deux pièces. Des tasses sous les vagues. Des cornets à la vanille. Des « Pif gadget », bradés en lots plastifiés.
Jour J des premiers rendez-vous amoureux. Cœur vibrant, âme indécise face à l’intrigant émoi.
Jour J du baccalauréat. Assise dans une salle de classe du lycée Camille Guérin, je planche sur le sujet de philo.
Jour J de la première classe. Les paires d’yeux fixées sur moi. Moi, sur l’estrade, le sac d’école posé à côté du bureau, un bref instant, en totale panique professionnelle avant de me reprendre pour prononcer le premier mot, avec le ton qui déterminera toute une carrière.
Jour J du premier jour de classe de notre fille. Toute petite section mais grande fierté de jeunes parents béats et ridicules, s’extasiant devant la princesse en salopette, la couche dans la culotte. Elle, qui les ignore superbement pour vaquer dans la classe, son instantané nouvel univers scolaire, dans lequel il n’y a pas de place pour les parents..
Jour J des départs en voyage. Le pied sur le quai. Destination, bout du monde. Seule. Et la question fugace qui me traverse toujours l’esprit à cet instant précis. « Mais, qu’est-ce que je fiche là ? »
Jour J …
Jour J …
L’émouvante liste des « Jour J » d’une vie … J’écris. Véronique Jannot préfère les aviateurs. C’est dans le ton, 25 ans en 1988 …
26 juillet 2024. Jour J de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris. Cet engouement personnel pour ce Jour J peut sembler tout à fait trivial. Mais, dans le fracas des guerres, le désastre écologique annoncé et déjà à l’œuvre, la douleur des opprimés, l’absurdité du fait politique français actuel, la simple joie du partage, de la communion nationale, me réconforte, me transporte. Je suis une midinette !
Je me souviens encore, non sans une joie intense, du savoureux « Happy and Glorious » qui avait consacré l’alliance d’une reine et de son agent secret. Do something for Britain !
Et, cela commence par un sabotage ferroviaire ! Je ne suis pas assez intelligente pour comprendre les motivations d’individus dont l’objectif est de détruire des voies ferrées, de ruiner une ambition, de gâcher LE vendredi. Gâcher la fête. Gâcher les vacances. Gâcher l’enthousiasme, la joie, la gaieté, le plaisir.
NON ! Je ne comprends pas.
Mais, à bien y réfléchir, j’entrevois des explications à ces comportements. Je conjecture un allaitement suivi d’un sevrage délicat. Imaginez Guigoz, pas coupable, mais quasi responsable … Je présume une difficile acquisition de la propreté ponctuée d’érythèmes fessiers récurrents et douloureux. Imaginez Pampers, pas coupable mais quasi responsable … Je suppute un apprentissage de la marche retardé, dans des bottillons de cuir raide. Imaginez Babybotte, pas coupable, mais quasi responsable … J’entrevois une scolarité chaotique, peuplée d’instits acariâtres distribuant des « Passable » aux pauvres totos déconfits. Imaginez, L’Education Nationale, pas coupable mais quasi responsable …
Bref …
Les scientifiques s’accorderaient sans nul doute sur des causes multifactorielles à cette malveillance crasse.
Ah ! Les C.O. N.* !
* Contestataires Odieusement Navrants

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5 jours
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