Eloge des centres
Existe-t-il plus douce volupté que de gésir, en pesanteur totale, les bras en croix aux mains inertes, les jambes écartées aux pieds relâchés, le coeur apaisé et l’esprit flottant, au centre du lit ? Volupté égoïste, pour soi, seule. Il n’y a pas de place pour deux en ce centre à moins d’y être empilé ! L’amant, le conjoint, relégué à droite ou à gauche y risque le coup de pied d’un rêve agité, la baffe sur le nez d’une querelle hallucinatoire, la chute finale d’un retournement hasardeux. Non ! Point de place pour deux en ce nombril de la nuit, ce coeur de songes, ce sein onirique.
Ah ! Le coeur du chou ! Ce trésor fugace de l’enfance évaporée, convoité à travers les vitrines sucrées, réclamé à hauts cris faussement affamés, posé délicatement sur la main, son dôme enneigé léché avec la jouissance de la victoire. Merci maman ! Sous le chapeau, le prodige, la crème, ivoire onctueux, délice ultime qui fait surgir les quenottes en un sourire de plaisir, avec sur le bout du nez, la trace de la gourmandise.
Et l’Empire du Milieu, foisonnant de péripéties fantasmées à la poursuite de la pierre de jade, ses voyageurs intrépides, disparaissant dans les volutes bleutées d’opium. Ce Monde Céleste aux dragons effrayants ou colorés qui font hurler de peur ou de joie les petits enfants, penchés sagement sur des pages de légendes. Même Tintin, flanqué de son immanquable Milou s’y aventura, dans des pérégrinations rocambolesques semées de nombreux mais surmontés obstacles et y nouera une amitié graphique définitive.
Et cette fictive Terre du Milieu, « Middangeard », « Middle Earth », de l’Arbre du Monde, mythique, fantastique, héroïque, contrée d’épopées romanesques, inoubliables, inoubliées. Avec Tolkien et ses fabuleux héros, cette terre de quête, je l’ai connue. J’ai suivi Frodon, rejeton Hobbit de la Comté, sur la route de Mordor pour y jeter, dans le destin brûlant des crevasses, le mortel anneau. J’ai suivi ces preux chevaliers, envoyés du bien, sur la route des dangers, pour l’ultime mission. J’ai frissonné avec Sam, à la vue de Gollum, infortuné pilleur de bague, libérateur accidentel. Et comme une midinette, j’ai pleuré en quittant ces héros légendaires.
Et Jules Verne, qui nous envoie dans l’antre de la terre, tout au centre, à la faveur d’un si vieux manuscrit et d’un certain soir de juin (le 30 ? Non, le 28 …). Dans la bouche du volcan, l’expédition pseudo scientifique embarque la lectrice, médusée mais curieuse, sur un radeau de fortune, glissant, non sans magie littéraire, vers un monde fantasmagorique, perdu. Je me souviens encore de la version cinématographique américaine de 1959 (pas moi, mais la version …), visionnée enfant, dans le délice du frisson d’aventure par procuration. Les champignons, mais quels champignons ! Les lézards de pacotille qui faisaient quand même un peu peur. Nostalgie télévisuelle
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Centre. De la terre, de cible, de soins, hospitalier, gauche, droit, d’attraction, nerveux, cérébral, commercial, culturel, urbain, de préoccupations, …
Coeur. De lion, d’artichaut, de meule, de bœuf, de l’hiver, de l’été, de palmier, de quenouille, -de-Jeannette, de pigeon, de salade, de cheminée, de ville, vaillant, brisé, de pierre, …
Milieu. De terrain, de table, juste, géographique, intérieur, social, humain, familial, autorisé, financier, populaire, artistique, aquatique, …
Eloge des centres.

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2 semaines
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