Le cadeau
Départ pour Versailles !
Le périple, sac à dos, débute avec le bus de ville. Bonjour « TixiPASS », l’appli magique, sésame du réseau Vitalis de Grand Poitiers. Plus tard, Le nez sur son téléphone, Corinne consulte le billet de train, nous longeons le quai pour rejoindre la voiture 6. Je m’attarde pour bavarder avec un parent d’élève. Partout où je vais dans Poitiers, je rencontre des parents … Il m’explique ne pas avoir compris ma brusque disparition du paysage scolaire. C’est confirmé, les parents ne lisent jamais les mots dans les cahiers de liaison … Nous montons dans le wagon qui n’est pas le bon car ma vieille (moi également …) amie consultait le mauvais billet. Course sur le quai. Corinne court. Je cours. Corinne court vite et saute dans la deuxième rame. Je cours lentement et saute dans la rame qui n’est toujours pas la bonne … Le contrôleur m’informe qu’il est trop tard pour tenter le wagon suivant … La poisse ! Nous allons voyager séparément. Nous sommes plusieurs imbéciles, fourvoyés dans le wagon de queue. Je partage les marches du palier avec un estropié de la cheville et une jouvencelle. Au cours du trajet, direct vers Paris, je me transforme en dame pipi sans indemnités ; j’oriente les égarés des boutons d’actions. J’appuie, la porte s’ouvre, j’appuie la porte se ferme, et ainsi de suite et vice versa … Un éphémère sacerdoce.
Montparnasse, quai des retrouvailles sans accolade ! Achats de tickets +, sésame de la RATP. Mon ticket est illisible, la loose semble attachée à mes chaussures de rando. Le chauffeur du bus est conciliant.
Direction le Quai Branly ! J’adore ce musée, une réussite architecturale et des collections superbes qui nous plongent avec fascination dans les Arts Primitifs. Nous explorons la très belle expo « Mexica » puis nous plongeons dans les « visions chamaniques » dont le parcours se clôt par une expérience facultative de réalité virtuelle. Voir ce que voient les hallucinés de l’ayahuasca dans leur transe chamanique. Je m’assois, installe le casque sur ma tête et c’est parti. Bad trip ! Ça commence par des serpents qui tournoient devant mes yeux et s’en approchent, ondulant dangereusement, puis le puissant tourbillon des bébêtes me donne le tournis et la nausée. Je résiste mais le deuxième tour de manège achève ma faible endurance : vertige à tomber, nausée. Je retire le casque et attends Corinne qui semble adorer son voyage.
Décoiffant, le Quai Branly !
Ensuite, TER pour notre but ultime, Versailles. La machine récalcitrante vomit mon deuxième ticket encore illisible. Non, mais quoi ?! La scoumoune colle à mes basques ! Une jeunette me propose un passage du portillon à la sardine. Banco ! Je me colle à elle et rejoint sur le quai ma chanceuse camarade d’escapade. A Versailles, ça se corse, encore un portillon. Je prends les choses en mains, anticipe et avise un contrôleur. Je tente mon histoire d’illisibilité mais après son coup d’œil narquois au ticket, c’est la douche froide. Romain GARY avait raison, « au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable ». Prises en flagrant délit de fraude, de bonne foi tout de même. Loose et scoumoune, les deux sœurs siamoises … Cependant, le contrôleur est en mode accueil, complaisant avec les deux touristes séniles et nous échappons à l’amende.
Nous foulons enfin du pied le sol versaillais. Un premier hôtel sans étoile pourtant propret et accueillant. On s’y restaure d’un couscous végétarien en profitant d’une vue imprenable sur la cathédrale et les verrières des serres royales. Je m’endors dans le lit double (ici, pas de twin) tandis que Corinne compulse les pages de sa tablette consacrées à … l’ayahuasca.
Jour 1, clap de fin.
Le grand moment est arrivé. Mon rêve d’enfant va se réaliser ce matin, sous le soleil printanier. Visiter Versailles, c’est mon cadeau d’anniversaire. Merci Corinne ! Merci ! La visite débute par le château. Malgré les heures d’entrées prédéfinies par le pass, l’illustre bâtiment est noir de monde. Se frayer un passage parmi la foule compacte relève de la gageure. Ce désagrément n’enlève rien à la magnificence des lieux. Bonté divine, c’est royal ! Au grandiose qui fait triompher la France des monarques, succède l’intime et ultime écrin de la reine qui avait perdu sa tête. Ce petit bijou de beauté et de délicatesse, refuge de cette souveraine incomprise, est exquis. Une splendide exposition de « Soieries impériales pour Versailles » nous attend plus tard au Grand Trianon. Enfin, le Hameau de la Reine clôt en beauté notre royale visite.
Changement d’hôtel et de standing pour la deuxième nuitée. Une confortable chambre twin attend nos pieds échauffés par 10 km de piétinements curieux. Après un dîner très quelconque, nous savourons la position allongée. Corinne s’énerve soudain sur sa tablette. Oui ! elle en est sûre maintenant, elle avait réservé un accueil royal avec chocolats et demi-bouteille de champagne ! Les chocolats, on les a, le champagne, BERNIQUE ! On a l’papy radoteur d’l’accueil dans l’collimateur. C’est sûr, la vengeance est un plat qui se mangera froid avec notre ami Google ou son cousin Tripadvisor. Non mais, quoi ?! On se déchaîne dans les lits jumeaux, on jure, on menace, on s’énerve … Tout cela est très mauvais pour la tension. Enfin je m’endors pendant que Corinne compulse rageusement les pages de sa tablette consacrées aux … armes automatiques.
Jour 2, clap de fin.
La demi-bouteille toujours en travers du gosier, nos sacs sur le dos, nous quittons l’hôtel, non sans avoir copieusement incendié le concierge de service. La vengeance est un plat qui se mangera très froid lui répétons-nous.
Ce matin, direction les jardins du château ! Le printemps y déploie ses verts. Nous parcourons ces jeunes frondaisons dans un calme tout relatif, ça gazouille tapageusement au-dessus de nos têtes. Jardins musicaux enchanteurs, bosquets secrets, allées strictes, sculptures imposantes, fontaines aux eaux jaillissantes, s’étalent sous nos yeux ravis. C’est tout naturellement splendide, baroque et si français !
Et puisque tout finit, nous reprenons enfin le chemin du retour, avec, cette fois-ci, des tickets valides. Montparnasse nous attend, le train nous attend, Poitiers nous attend, la maison m’attend.
J’ai réalisé mon rêve d’enfant. Merci Corinne !

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2 semaines
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